Colas : une nouvelle approche de la gestion des matériels

« Nous travaillons désormais en flux tendu » a déclaré Philippe Brissonneau, le directeur du matériel du groupe Colas, à une table-ronde lors de la dernière journée Distribution du DLR (Fédération nationale des distributeurs loueurs et réparateurs de matériels de bâtiment, travaux publics et manutention) qui s’est tenue le 5 novembre dernier à Paris.

Lenteur dans l’innovation
L’analyse de Philippe Brissonneau tient en trois points.
« L’offre moderne porte sur des matériels qui n’ont plus de problèmes de fiabilité, mais aussi qui sont de plus en plus indifférenciés. La bataille doit se déplacer ». Le choix des fournisseurs se fera sur d’autres critères que les critères techniques.
Il estime aussi que les constructeurs occidentaux, tenus de respecter des normes pour accéder aux marchés des pays développés, bénéficient d’une « protection réglementaire ». Cette protection entraîne « une lenteur dans le développement de matériels innovants ».
Enfin, les conditions d’emploi des matériels ont changé. Dans le groupe Colas on compte 65 000 matériels (sans compter les installations industrielles) pour 65 000 employés. « Tout est hyper mécanisé » dit Philippe Brissonneau. Il distingue « l’avant 2009 », période qui a connu une demande de matériels sans précédent, de la période qui a suivi.
« On est passé de la détention d’un parc de matériels au service à l’usager ». « Autrefois il fallait six mois pour réunir les matériels nécessaires à un chantier en Afrique. A présent il nous les faut pour demain ! Et le matériel qui n’est pas utilisé, il faut le vendre ».

Condamnés à l’excellence
Les relations avec les fournisseurs s’en trouvent-elles changées ? Oui. « Ce n’est pas parce que les machines marchent qu’on doit supprimer le service. Mais ce que l’on demande c’est l’excellence ». Philippe Brissonneau avoue : « Notre approche est désormais financière. Je ne sais pas si demain on sera propriétaire de nos machines. Pour les autos c’est fini. Les camions vont nous quitter. L’industrie c’est le cœur de notre métier ». Il tire de cette distinction entre les matériels mobiles et les installations, carrières, centrales d’enrobage, etc. des conséquences plus radicales encore que celles de Michel Ducasse, directeur des ressources techniques d’Eurovia (voir notre chronique du 23 décembre 2012).
Le directeur du matériel du Groupe Colas ouvre une large brèche à la location précaire des matériels mobiles. Et même au-delà. A la question de Jean-Louis Llorach, président du groupe de distribution Payant, « Irez-vous jusqu’à la rémunération de la location à la tonne produite ? », la réponse est sans ambages : « Oui ».
Paradoxalement, cette stratégie globale aboutit à une réhabilitation du « local », au service de proximité. « Vous êtes condamnés à la flexibilité », lance Philippe Brissonneau aux distributeurs.
Une flexibilité, de la vente à la location, qu’a décidé de mettre en œuvre Christian Badey, président du groupe de distribution HBI, autre intervenant de la table ronde, bientôt détenteur de 20 agences de location, avec 600 machines.
La première entreprise routière mondiale applique elle aussi le principe de flexibilité : « La pelle d’Untel c’est fini, explique Philippe Brissonneau. Nous avons des opérateurs « multi-Caces », multi-métiers ».

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