Bruno Cavagné : « Les nouveaux matériels, l’évolution des méthodes de travail permettent aux entreprises de travaux publics de rester compétitives »

Les entreprises de travaux publics françaises réalisent un chiffre d’affaires annuel de 40 milliards d’euros sur le territoire national, à 70% grâce à la commande publique, avec des effectifs de 260 000 salariés. Dans une conjoncture difficile, – 5 % en 2014 et – 8 % en 2015, il faut trouver des solutions pour stimuler un investissement déficient, pense Bruno Cavagné, le président de la Fédération Nationale des Travaux Publics. Il a fait des propositions au président de la République : que l’Etat exerce son pouvoir régalien en termes de politique d’infrastructures, qu’il crée un fonds à partir de ses participations dans les entreprises, que le régime des investissements des collectivités locales se rapproche du fonctionnement du secteur privé, etc. Le président de la FNTP souligne le rôle essentiel des matériels dans les chantiers de TP modernes, et les efforts des constructeurs pour participer à la productivité des entreprises, la sécurité des personnels, et la qualité des ouvrages.

Le Blog d’Intermat : Quelle est la conjoncture actuelle pour les entreprises de travaux publics ?
Bruno Cavagné : Très difficile. Nous avons terminé 2014 à – 5%. Et les premiers chiffres de 2015 confirment nos prévisions pour l’année, soit – 8%. Au-delà de ces chiffres ce sont les pertes d’emplois qui nous inquiètent. Nous les estimons à 16 000 emplois en 2015, qui s’ajoutent aux 8 000 de 2014. Je l’ai dit au président de la République lors de notre récente rencontre. Avec une accélération depuis deux ans, s’il ne se passe rien ce sont 60 000 emplois que nous aurons perdus entre 2013 et 2017.

LBI : Quelle en est la cause ?
B.C. : On a fermé le robinet de la commande publique. La dernière mesure en date c’est la baisse des dotations de l’Etat. On est à moins 28 milliards d’euros sur trois ans. On n’a rien trouvé pour remplacer l’écotaxe : ce sont 1,2 milliards d’euros qui sont perdus chaque année. Le plan de relance des autoroutes, dont nous aurions bien besoin, tarde à trouver ses effets. Nos infrastructures se dégradent. Le budget d’entretien des routes nationales a diminué de 50% en 5 ans. Il faudrait investir I milliard d’euros en plus pour simplement stopper le vieillissement des infrastructures ferroviaires !

LBI : Les grands travaux stimulent votre activité.
B.C. Oui mais en 2015-2016 ce sera la fin des grands chantiers, la LGV Est, Tours-Bordeaux, Loire-Bretagne. Il n’y a rien derrière. On nous parle beaucoup du Grand Paris. S’il est financé correctement, ce sera important pour l’Ile-de-France, et dans une certaine mesure pour les entreprises du Nord de la France, mais moins au-delà. J’ai demandé au président de la République qu’il prenne le leadership sur la politique d’infrastructure de notre pays, avec un calendrier, et des financements. Que l’Etat joue à nouveau son rôle régalien. Je lui ai aussi proposé des solutions pour accroître les marges de manœuvres en matière de financement. Que les collectivités locales puissent mettre leurs investissements en amortissements, qu’elles récupèrent la TVA, comme des entreprises privées. Qu’il y ait des strates différentes pour les investissements et les dépenses de fonctionnement. Parmi les 17 proposition que j’ai présentées, il y a l’idée que l’Etat pourrait, à partir de la vente d’une partie de ses participations, un capital valorisé à 100-110 milliards d’euros, créer un fond d’investissement, avec la capacité d’emprunter, de lancer des travaux. Ce n’est pas en 2015 qu’il va se passer quelque chose, mais c’est aujourd’hui qu’il faut prendre des décisions. Avec un prix du pétrole bas, un euro bas, un taux de crédit bas, des collectivités locales globalement peu endettées, on a une fenêtre de tir.

LBI : Quelle est l’importance des matériels de chantier pour les entreprises de travaux publics ?
B.C. : Il suffit, pour la mesurer, de comparer un chantier d’aujourd’hui à un chantier d’il y a trente ans. Cela parle tout seul, en termes de productivité, de sécurité, de qualité. Regardez une pelle hydraulique moderne et une pelle à câbles d’avant la seconde guerre mondiale. Les constructeurs de matériels ont fait des efforts considérables. Les machines sont ergonomiques, confortables. Il y a eu aussi beaucoup de progrès en matière de protection de l’environnement, ce que j’ai pu constater comme président du jury des Innovation Awards d’Intermat 2015. Je l’ai dit aux représentants du Seimat (*) : même dans une conjoncture difficile, à un moment ou à un autre il nous faut renouveler nos matériels, sinon nous n’avons plus d’outil de travail. A cette nécessité s’ajoute le fait que les entreprises sont amoureuses de leurs matériels, fières de leurs machines. Les jeunes sont attirés par les matériels. Le grand public y est également sensible. Quand vous avez des matériels modernes, propres, sur un chantier propre, c’est votre image qui change.

LBI : Pensez-vous que les entrepreneurs de travaux publics doivent visiter Intermat ?
B.C. : Je les encourage à le faire. Cela leur permet de prendre connaissance des nouveaux matériels, de voir comment ils peuvent faire évoluer leurs méthodes de travail pour rester compétitifs. Pour une entreprise de travaux publics, il n’est pas possible de visiter Intermat sans apprendre quelque chose. C’est un peu un outil de formation. C’est pourquoi nous mobilisons nos fédérations régionales afin qu’elles incitent leurs membres à venir à Paris visiter le salon. Et pas seulement les entrepreneurs. Il leur faut aussi inviter leurs élus à se rendre à Intermat. Que ceux-ci puissent voir ce que sont nos métiers, les machines qui nous permettent de travailler.
(*) Syndicat des entreprises internationales de matériels de travaux publics, mines et carrières, bâtiment et levage

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