Béric Scalabre : « Pour le service matériel de Bouygues, l’innovation c’est l’ergonomie et la sécurité »

Bouygues Construction s’est doté de structures pour la fourniture de ses moyens de production : Bouygues Construction Matériel (CA : 165 millions d’euros, pour les seuls matériels) et Distrimo (CA : 26 millions d’euros), qui ont toutes deux Béric Scalabre pour gérant. Le parc matériels de Bouygues Construction compte : 250 grues à tour, 54 000 m2 de banches, 6000 m2 de coffrages TP, 20 km de consoles-pignons, 200 000 étais, 2300 bungalows, 210 000 étais, 2600 t de tours d’étaiement, plus de 10 000 armoires électriques, 7 centrales à béton, et des matériels fluviaux. L’ensemble a une valeur de renouvellement de plus de 300 millions d’euros. Béric Scalabre explique que les structures matériels de Bouygues Construction appliquent aux fournisseurs les mêmes exigences qu’à leur parc propre, et sont largement impliqués dans l’innovation, au service de leurs clients, les entreprises du groupe et leurs chantiers.

Le Blog d’Intermat : Quelle est sa mission de Bouygues Construction Matériel ?
Béric Scalabre : Nous devons être le meilleur support possible de nos clients afin qu’ils remplissent leur mission au mieux en termes de productivité, et en termes de sécurité. Tous ceci sans perdre d’argent. Si l’on en gagne un peu, ce n’est évidemment pas gênant. Nous leur fournissons des matériels et des services, montage et démontage des matériels et installations, formation, mais aussi des fabrications de matériels spécifiques en bois, en acier.

L.B.I : Et dans de domaine de l’outillage ?
B.S. : Nous avons une société filiale de Bouygues Construction, Distrimo, spécialisée dans les outillages, consommables et EPI (*). Elle référence les modèles d’outillage, en fonction de critères d’ergonomie et de sécurité, validés par des essais. Nous allons jusqu’à concevoir des matériels – des brouettes par exemple – que nous achèterons ensuite par milliers…

LB.I. : Quelle est la part de la location dans les grues à tour utilisées par Bouygues ?
B.S. : Nous louons de 10 à 30% des grues qui sont mises en œuvre sur nos chantiers, 350 machines en moyenne. Plus généralement notre activité est répartie en trois tiers : un tiers de matériels que l’on possède, un tiers que l’on loue à l’extérieur, un troisième tiers de prestations, comme le montage, le démontage, des fabrications, des montages d’installations électriques, du transport. Nous opérons plus de 9 000 transports par an, à 40% avec nos propres moyens.

L.B.I : Le patron du chantier a le droit de choisir la location extérieure, de préférence aux matériels de votre organisation ?
B.S. : Oui, à condition qu’il respecte les prescriptions relatives aux matériels dits « sensibles ». Comme tous les matériels qui présentent un risque et qui impliquent contrôle et mise en conformité.

L.B.I. En fait vous êtes en concurrence avec les loueurs. Vous devez être meilleurs ?
B.S. : Oui nous devons être aussi bons, voire meilleurs que le marché. Sinon nous n’apporterions pas de valeur ajoutée. Par exemple quand les chantiers ont recours à des locations extérieures nous vérifions systématiquement les grues à tour des fournisseurs. Pour des raisons de sécurité nous avons été amenés à faire des modifications sur les grues de notre parc, puis nous vérifions que ces modifications sont présentes sur les grues louées à l’extérieur.
Nous évaluons également les grutiers.

L.B.I. : Votre parc de centrales à béton est faible. Pourquoi privilégiez-vous le béton prêt à l’emploi ?
B.S. : Ce n’est jamais acquis. Le BPE est bien positionné en termes de prix par rapport à la fabrication du béton sur le chantier. C’est aussi une question d’éducation des chefs de chantier. Il y a aujourd’hui tellement de pression sur le chantier que tout ce qui est peut-être sous-traité est ressenti comme une bonne chose. Plus on peut préparer en dehors du chantier ce qui s’y faisait auparavant, plus on va dans le sens de l’industrialisation du bâtiment. Avec la maquette numérique on arrivera à anticiper les problèmes que l’on rencontrait hier sur le chantier.

L.B.I. : L’innovation est-elle importante pour vous ?
B.S. : Nous sommes très impliqués, dans l’innovation au sens large. L’innovation peut concerner des matériels importants, comme moins importants. Parfois ce n’est que de la communication – pour des matériels connus au Nord et pas au Sud, et vice-versa. L’un des vecteurs forts c’est la recherche de l’ergonomie. Qui peut conduire à plus de productivité, plus de sécurité.

L.B.I. : Par exemple ?
B.S. : Mettre des roues sur tout ce qui peut en recevoir, sur des paniers destinés à recevoir les accessoires qu’on est amené à déplacer sur les chantiers. Ainsi on diminue la pénibilité, on accroît la rapidité, et la propreté. Nous avons investi dans des milliers de paniers plus légers et plus mobiles.

L.B.I. Vous avez été très moteur dans l’évolution des banches, et vous avez créé une banche qui équipe tout votre parc.
B.S. : On a l’avantage d’avoir un produit unique pour toute la France. En termes de formation et de gestion de parc c’est un atout important. Mais l’on ne s’arrête jamais d’innover. Notre banche standard, la B07, date de 2007. Un matériel a une durée de vie et quand il faut le remplacer on s’interroge. Depuis sa création le critère de l’ergonomie a pris plus d’importance. Nous a des solutions pour une position plus ergonomique pour le serrage et le desserrage des tiges, des accès encore plus aisés.

L.B.I : Dans quel autre domaine travaillez-vous ?
B.S. : Nous travaillons sur des anémomètres prédictifs, sur les systèmes anti interférence pour les grues à tour, où il y a matière à voir quelques options pour gagner en productivité. Nous sommes aussi impliqués, dans le cadre de la FNTP, dans les réflexions pour accroître la sécurité lors du montage et du démontage des grues à tour.

L.B.I : Vous vous êtes impliqués dans une démarche pour doter vos matériels de puces RFID.
B.S. : Ce n’est pas notre priorité actuellement, en revanche nous utilisons le code barre. Tous nos matériels lorsqu’ils sortent de nos ateliers sont vérifiés et « tracés », par exemple les consoles-pignons, ou encore les banches. Nous travaillons comme un industriel. Nous avons 4 robots pour réparer les banches.

L.B.I. : Les services matériels des grandes entreprises ont pu se sentir menacées, par des considérations financières. Quelle est votre réponse ?
B.S. : La finance est très suivie chez Bouygues. Mais il y un rapport à faire avec l’intérêt premier des financiers qui est souvent à court terme et un intérêt à moyen terme ou long terme qui permet d’avancer techniquement et d’approfondir une expertise avec un parc matériel. Lorsqu’il y a eu une suractivité dans les années 2009, tout le monde a parlé de rééquiper son parc de matériels. Il y a des hauts et des bas, mais il faut garder une expertise. Notre expertise France nous permet de monter des grues au Pérou ! Notre valeur ajoutée c’est notre capacité à faire. S’il n’y a pas de valeur ajoutée il n’y a pas de structure matériels possible.
(*) Equipements de protection individuelle.

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