Catherine Muller : « Nous devons garder notre tissu de PME du paysage »

Le secteur du paysage compte, en France, 28 600 entreprises. Avec 91 100 actifs, il réalise un chiffre d’affaires de 5,34 milliards d’euros. Fortement atomisé, il tend à se concentrer. Demeure un tissu très important d’entreprises sans salariés, des structures spécialisées dans le service à la personne, et des PME.
L’Union Nationale des Entrepreneurs du Paysage compte 2 700 membres, et l’objectif de Catherine Muller, sa présidente, est de passer rapidement à 3 000.
Le syndicat réunit l’essentiel de la profession. Le marché est divisé en parts égales entre les collectivités locales, les grands donneurs d’ordre privés, et les particuliers. Catherine Muller commente les évolutions de sa profession et plaide pour une offre diversifiée, adaptée à une clientèle elle-même diverse.

Le Blog d’Intermat : Vous venez de changer le visuel de votre syndicat. Quel en est le sens ?
Catherine Muller : Nous voulions donner une image dynamique et moderne de nos entreprises, rassembler une famille qui présente une grande diversité, en terme d’activités et de profils d’entreprises. Nous souhaitions aussi adopter un slogan fort et porteur d’un message à l’attention de nos clients :
« Chaque jardin compte ». Nous utilisons le mot jardin, car c’est le végétal, le vivant, trait d’union entre toutes nos entreprises, spécialisées ou non.

L.B.I. : Votre profession demeure très atomisée…
C.M. : On compte 28 600 entreprises de paysage en France. Mais 3% des entreprises réalisent 30% du chiffre d’affaires de la profession. Il y a de grosses entreprises, et une centaine d’entre elles comptent plus de 50 employés.
A l’opposé, le nombre des entreprises sans salarié est passé de 5 700 en 2004 à 18 000 en 2014. Cela tient au fait que notre métier semble facile d’accès. Il n’y pas de diplôme d’entrée. Aussi nous essayons de faire monter les microentreprises adhérentes de l’Unep, en capacité, en compétence. De même on a assisté à une croissance très importante des structures vouées aux services à la personne (*), de 4 400 à 9 200 de 2004 à 2014. Elles représentent à présent un tiers des entreprises locales.

L.B.I. : Observe-t-on une concentration des entreprises ?
C.M. : Oui, on a assisté à la création de groupes importants, comme le groupe Pinson, Segex, Lajus, Loiseleur, etc. D’autant plus qu’il y a des phénomènes de succession, créant des opportunités de rachat. Ce qui permet aux groupes d’étendre leur domaine de chalandise.
La concentration s’accentue, et nous devons, à l’Unep, nous pencher sur ce mouvement. Ce qui nous guette, c’est une structuration à l’image des travaux publics, que nous ne voulons pas. Il faut sauvegarder un juste équilibre entre la petite entreprise de moins de 10 salariés, les moins de 50, les plus de 50. Nous allons traiter ce sujet dans les semaines qui viennent.

L.B.I. : Pourquoi ?
C.M. : Il faut conserver la structure régionale de notre profession. Nous n’avons pas les mêmes sols d’une région à l’autre, pas les mêmes climats, pas les mêmes saisonnalités. Il faut transformer cette diversité en opportunité, avec des structures qui connaissent bien leur terrain, qui connaissent bien les attentes de leurs clients. Si conflit il y a, l’agressivité des grandes entreprises se fera sentir sur les marchés publics, qui ne représentent que 30% du chiffre d’affaires de la profession. De plus, soucieuses de s’assurer des revenus réguliers elles font majoritairement de l’entretien. A l’inverse, pour les autres entreprises la cible principale c’est le client privé, pour lequel elle fait de l’entretien mais aussi davantage de conception, de réalisation. Les travaux neufs représentent 40% du chiffre d’affaires de la profession, et ils sont davantage pratiqués par les PME.

L.B.I. : Donc les gros marchés tendent à être réservés aux grandes entités ?
C.M. : Pas obligatoirement. On peut imaginer la constitution de réseaux d’entreprises moyennes comme le réseau Alliance ou Exavert, qui fonctionnent bien.

L.B.I : Observez-vous une concurrence des entreprises de travaux publics ?
C.M. : La concurrence jaillit de toutes parts. Il y a des événements ponctuels comme le rachat de Tarvel par Segex, très actif dans les travaux publics (**). Mais les TP et le paysage sont des métiers très différents. Nous subissons aussi la concurrence des auto-entrepreneurs. Ils interviennent dans le paysage, outrepassant leur champ légal, car notre métier relève du régime agricole, et est donc non éligible à cette forme d’entreprises.

L.B.I. : Quelle est la conjoncture du paysage ?
C.M. : Le chiffre d’affaires de la profession progresse à présent de 1% par an, après une croissance de 3% par an entre 2010 et 2012. Mais cette conjoncture s’analyse de manière très différente selon les marchés et selon les régions. La forte régionalisation de nos activités est accentuée par la clientèle des résidences secondaires, notamment dans les régions littorales, qui ne subissent pas la crise de plein fouet. Il en va différemment des entreprises qui ont axé leur activité dans le secteur public, très touché par la chute des crédits. On a de fortes inquiétudes pour les structures de taille moyenne qui travaillent pour cette clientèle.
Malgré tout, les investissements sont repartis à la hausse en 2014 à hauteur de 285 millions d’euros, contre 210 millions en 2012. C’est le signe d’une foi en l’avenir.

L.B.I : L’investissement c’est principalement l’achat de matériels. La mécanisation de votre métier progresse-t-elle ?
C.M. : Oui il y a une tendance à la mécanisation et à la modernisation des parcs. Depuis les utilitaires voire les camions, jusqu’à l’outillage, en passant par les petits engins de chantier. Ces derniers sont surtout des minipelles et des petites chargeuses, adaptées aux interventions dans des espaces réduits.

L.B.I. : Les matériels sont-ils adaptés à vos besoins ?
C.M. : Il y a des évolutions intéressantes, par exemple dans les matériels d’entretien électriques sans fil. Mais, d’une manière générale nous attendons des progrès en matière de bruit et de limitation des vibrations. Je pense par exemple aux grosses tondeuses autoportées.

L.B.I. : Les entreprises de paysage font-elles appel à la location pour les matériels ?
C.M. : C’est un marché qui a beaucoup évolué. Les grandes enseignes s’en sont aperçues. Notre métier a largement enrichi les gammes offertes à la location.

(*) Les entreprises de service à la personne ont bénéficié d’un régime particulier en matière de fiscalité – pour l’entreprise et le client – et d’un taux de TVA réduit, avantage désormais ramené au régime commun.
(**) Segex a racheté Tarvel en août 2013, constituant ainsi un pôle paysage avec un chiffre d’affaires de l’ordre de 70 millions d’euros. Ce pôle serait le deuxième du secteur, derrière Id Verde (277 millions), et devant la division Pinson Paysage d’Atalian (38 millions)

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