La France se prépare pour le BIM

La France est-elle prête pour le BIM ? Elle n’est pas la première à sauter le pas. 55% des entreprises de construction américaines déclaraient en 2013 que plus de 30% de leurs projets étaient du type BIM. Plusieurs états de ce pays l’ont rendu obligatoire pour les marchés publics (*). Les pays scandinaves l’ont également adopté. Le Royaume-Uni a choisi 2017. La France 2017 également. L’année prochaine a en effet été retenue pour la mise en œuvre, dans les marchés publics, des effets du PTNB. Le Plan de Transition Numérique dans le Bâtiment, lancé par la ministre du logement et de l’habitat durable, Sylvia Pinel, et présidé par Bertrand Delcambre vise à accélérer le déploiement des outils numériques dans ce secteur. Son aboutissement est le BIM.
« C’est l’avenir de la construction » affirme Bertrand Delcambre. « Le BIM permet de construire avant de construire » illustre Nicolas Mangon, directeur principal chargé de la stratégie et du marketing pour la construction chez Autodesk.

D’abord communiquer
« Le BIM illustre l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la construction dans le BTP. L’industrie mécanique, l’automobile et l’aéronautique mettent en œuvre ces outils depuis plus de trente ans » explique Jean-Yves Vétil, le directeur de Trimble Solutions France. L’objet ? Améliorer les process de la construction, accroître la collaboration entre les acteurs, diminuer le nombre d’erreurs, réduire les ressaisies.
Le BIM (Building Information Modeling) est un processus de conception, réalisation, gestion des ouvrages, informatisé et collaboratif. Il repose sur l’usage d’un document unique, renseigné par tous les acteurs du projet, à mesure de leur intervention : la maquette numérique. Sont concernés les architectes, les bureaux d’études, les entreprises, les gestionnaires, les économistes de la construction, etc. Idéalement, cette maquette, en 3D, qui comprend des couches d’informations, affichées en fonction des besoins, devrait être élaborée, en temps réel par les partenaires du projet, où qu’ils se trouvent. C’est le « niveau 3 » du BIM. « Mais on ne sait pas encore le faire » admet Emmanuel di Giacomo, le directeur de développement BIM d’Autodesk pour l’Europe, l’Afrique, et le Moyen-Orient. Les éditeurs de logiciels travaillent aussi bien à améliorer leurs produits dans la perspective du BIM, qu’à offrir aux utilisateurs des moyens de communication, notamment via le « cloud ».

Ouvrages ordinaires
Le BIM va modifier profondément les relations entre les intervenants de la construction. Ils doivent s’équiper, se former, communiquer.
Les architectes français sont insuffisamment équipés en outils 3D. Les bureaux d’études structures, et les bureaux d’études des lots techniques, sont plus à même de s’adapter aux nouvelles méthodes. Les fournisseurs de matériaux de construction industriels, produits en béton préfabriqués, charpente métallique, s’accommodent, ou s’accommoderont d’un process industriel qui est leur quotidien.
Côté entreprises, les majors appliquent le BIM depuis plusieurs années, ne serait-ce que pour leurs marchés à l’étranger. En France, elles ont élaboré des maquettes 3D pour des ouvrages très complexes, comme la Fondation Louis Vuitton à Paris. Le BIM n’est pas pour autant réservé à des réalisations d’exception. « C’est l’inverse, dit Marie-Claire Coin, directeur de projet chez Eiffage Construction. Le BIM est davantage opérationnel pour les ouvrages ordinaires ». Les majors organisent à présent leurs réseaux en province dans la perspective du développement du BIM. Reste les PME qui devront s’équiper.

Des « objets BIM » pour les matériels
L’élaboration de la maquette numérique requiert l’usage « d’objets BIM » en 3D, visualisables, accompagnés de leurs caractéristiques géométriques et en matière de performances. Les fournisseurs du bâtiment s’attachent à présent à élaborer ces objets, souvent via des prestataires spécialisés. Ces « objets », images des produits appelés à être incorporés à la construction, sont indispensables à la conception des ouvrages. Ainsi « Les industriels […] deviennent des acteurs au cœur des modélisations » estime Marie-Claire Coin.
La logique du BIM, peut être poussée à la gestion du chantier, aux approvisionnements, mais aussi à la mise en œuvre des matériaux. Peu avancé dans la phase réalisation, le BIM nécessitera l’élaboration d’objets BIM à partir des matériels de chantier.
Les constructeurs de matériels sont en retard, dit Jean-Baptiste Valette, chef de service ingénierie modélisation des projets chez Vinci.
Les grandes entreprises ont pris le taureau par les cornes : elles ont-elles-mêmes créé ces objets. Comment feront les entreprises de moindre taille ? Quelques constructeurs de matériels, coffrages, grues à tour, commencent à s’atteler à la tâche. « Dans notre pays, la curiosité a laissé la place à un réel intérêt, quelque soient les catégories d’acteurs » constate Jean-Yves Vétil.
(*) Etude Mc Graw-Hill 2013

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