Une rentrée morose pour le bâtiment et les travaux publics

Didier Ridoret, le président de la Fédération française du bâtiment, a confirmé, le 18 septembre, les prévisions de volume d’activité pour le bâtiment qu’il avait données en juin dernier: -2%. « On aurait pu s’attendre à un « dévissage » de nos marchés » commente-t-il. Mais le recul demeure « contenu », avec, toutefois, de grandes disparités géographiques. Le décrochage du neuf a marqué une pause, et la FFB donne le chiffre de 340 000 à 350 000 logements mis en chantier pour l’année 2012, à comparer aux 421 000 de l’année dernière. Le non-résidentiel est estimé, sur l’année à – 9,3%. L’amélioration-entretien à – 0,5%.

Inertie
Pourquoi ce recul limité en période de crise grave ? « A cause de l’inertie du secteur ». Didier Ridoret s’interdit de donner, dès à présent, des prévisions, pour 2013. Le pire pourrait être à venir : le nombre de défaillances d’entreprises baisse relativement, mais au prix d’une fragilisation accrue provoquée par la baisse des prix, l’allongement des délais de paiement, une concurrence « déloyale », sans doute croissante, d’entreprises travaillant hors de la réglementation du travail. Et surtout par l’incertitude quant aux années à venir.
Ces annonces suivent celles de la Fédération nationale des travaux publics. Son président, Patrick Bernasconi, a revu à la baisse, en juillet dernier, les prévisions d’activité de la FNTP, de -1% à -3%.
Dans les deux professions, l’emploi fait les frais de la mauvaise conjoncture, moins 35 000 pour le bâtiment – un Aulnay par mois commente Didier Ridoret -, moins 6 000 pour les travaux publics. Avec le danger que l’on sait : on risque de perdre des compétences, celle des personnels formés dans les entreprises.

Mesures concrètes
Pour le bâtiment, la première incertitude est le nombre de logements à construire. 500 000 par an dans les 5 prochaines années, dont 150 000 logements sociaux, dit le gouvernement, avec une procédure particulière, la cession de terrains publics, pour construire 110 000 de ces derniers.
Didier Ridoret se félicite de cet objectif mais doute qu’il soit tenu dès 2013. Et la FFB demande, pour succéder à la loi Scellier, un dispositif de soutien à l’investissement locatif privé. De même il demande que soit donné une suite au Grenelle de l’Environnement et que la Conférence environnementale des 14 et 15 septembre soit suivie de conséquences concrètes. « Si les procédures de financement sont trouvées, nos entreprises sauront, très rapidement, afficher une offre en fonction de cette nouvelle demande ».
Pour les TP, très dépendants de la commande publique, mais aussi pour le bâtiment, la question de la banque publique de financement des collectivités locales succédant à Dexia demeure suspendue à une création que François Hollande promet imminente.

Projets contestés
Les grands groupes, pour leur part, s’en sortent diversement dans les six premiers mois de l’année : + 4% pour le pôle construction de Bouygues, de même pour Colas, + 3,6% pour Vinci (+ 1,6 % à périmètre constant), – 1,7% pour la construction chez Eiffage, – 1,8% pour les TP. Les « majors », cependant, tablent sur l’international pour développer leurs activités. Plus réservés sur le marché français, ils expriment leurs inquiétudes pour les grands chantiers français, dont certains sont menacés ou contestés : canal Seine-Nord, aéroport Notre-Dame des Landes, etc.
Michel Roche

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