Marché des matériels : 2013, année d’incertitudes

Rentrée morose pour le bâtiment et les travaux publics, constatait-on dans notre dernier article. Cette tendance se vérifie au niveau européen, si l’on en croit le « CE Barometer » publié par Construction Europe : le solde des opinions sur le marché de la construction est négatif en ce qui concerne le mois de septembre et l’année 2012 dans son entier. Depuis lors cependant la FFB a « pris acte des avancées du dispositif Duflot ».

Un bon premier semestre
Et le marché des matériels ? « Nous finirons l’année sur un + 3% à +5%, prédit Renaud Buronfosse, délégué général du Cisma (Syndicat des Equipements pour la Construction, les Infrastructures, la Sidérurgie et la Manutention). Nous étions à +10% à la fin juillet, mais la fin de l’année sera plus dure ». « Les minipelles étaient à + 10%, les pelles sur chenilles à + 22%, confirme Didier Champalle, le secrétaire général du Seimat (Syndicat des entreprises internationales de matériels de travaux publics, mines et carrières, bâtiment et levage). Les chargeuses compactes « skid steer » étaient à + 26% ». Le Seimat, pour sa part, maintient sa prévision pour l’année 2012 dans sa totalité : – 5% en volume, explique Didier Champalle.
Philippe Ducouret, P-DG de Bomag France, confirme le démarrage satisfaisant de l’année, avec un certain fléchissement de la demande routière, compensée par une hausse des ventes de compacteurs de terrassement de capacité moyenne. La demande de matériels de VRD est, elle, déprimée. Au total il voit une année égale à la précédente, mais déplore le manque de visibilité sur 2013.

Les grues : liées au bâtiment
Le marché des grues à tour est très lié au bâtiment. « Nous avons connu un bon démarrage en début d’année, mais le deuxième semestre sera plus difficile », concède Christophe Zimmermann, directeur général de Liebherr Grues à tour. Il compte sur un marché 2012 étale par rapport à 2011, mais redoute que la demande demeure faible jusqu’à mars-avril 2013. « Les effets des mesures gouvernementales mettront du temps à se faire sentir ».
0 à -5%, c’est ce que JCB SAS s’attend à faire en 2012. Philippe Girard, directeur commercial et marketing, a pris acte de la hausse de 10%, à fin août, par rapport à 2011, dans les catégories de matériels proposées par la filiale française de JCB. « Avec toutefois des différences entre les machines : forte hausse des pelles sur pneus et sur chenilles, stabilité pour les chargeuses-pelleteuses. Les minipelles ressentent les effets d’une demande des loueurs en forte diminution. La demande fléchit à présent d’une manière générale ». Philippe Girard y voit les effets, à la fois d’un resserrement du crédit, et d’un manque de visibilité. Un climat qui se perpétuera en 2013, pense-t-il.

Baisse des investissements des loueurs
Olivier Vanneufville, directeur de la division France TP de Kubota Europe, est, lui, franchement pessimiste. Il table sur une année 2012 à -10% : « Comme pour tout le monde l’année n’a pas trop mal commencé, mais l’été a marqué la chute des achats des loueurs, qui avaient investi de manière très substantielle à la fin de l’année dernière ». Olivier Vanneufville envisage -25% pour 2013 !
Jacques Bonvallet, directeur du marketing au Groupe Fayat est plus radical encore : «Le retournement du marché que nous avons connu à la fin du premier trimestre n’est pas conjoncturel, mais structurel. Nous allons passer d’une production d’enrobés de 41 millions de t en 2008 de t à 36 millions de t. Aussi nous aurons trop de centrales, et, par voie de conséquence, de finisseurs, et, pourquoi pas, de camions pour transporter l’enrobé ». Ce phénomène touche toute l’Europe, explique-t-il. « Il faut s’attendre à ce que les entreprises fassent durer leurs matériels ».

Variable d’ajustement
2013 suscite donc des prévisions diverses. « La demande des entreprises de travaux publics pourraient continuer à être soutenue, en 2013 et aussi en 2014, pour partie à cause de l’activité du secteur et pour partie par la nécessité de renouveler les parcs » estime Renaud Buronfosse. En revanche ce devrait être plus difficile pour le bâtiment. « Même si des mesures positives sont prises il faut tenir compte de l’inertie de la mise en place du système» poursuit le délégué général du Cisma. « Le matériel demeure la première variable d’ajustement en cas de chute des marchés », rappelle Jacques Bonvallet. Un marché qui chute de 2% peut entraîner une baisse de la demande de matériels de 20%, déclarent de concert Jacques Bonvallet et Renaud Buronfosse.
Michel Roche

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