Carrières : prudence dans les investissements

Carrière Eiffage SC 113

La demande de matériaux est un thermomètre infaillible de la santé de la construction.
La production d’enrobés diminue en France, faisait observer un expert cité dans notre dernière chronique. La production de granulats suit la même tendance. Les chiffres de l’Unicem, s’appuyant sur les statistiques collectées à la fin août, -5,3% pour les granulats – et -6,7% pour le béton prêt à l’emploi, confirment un mouvement baissier pour la totalité de l’année : – 4% pour les granulats, – 7% pour le BPE. Le Cette conjoncture peu réjouissante a été la toile de fond du Congrès de la Sim 2012 qui vient de s’achever.

Concasseurs mobiles
« Nos ventes de granulats ont baissé de 30% » affirme Hervé Charpentier, p-dg de Charpentier travaux publics et carrier. Les propos de ce membre du syndicat professionnel Cigo, qui réunit une trentaine de carriers indépendants du Grand-Ouest, reflèteraient la tendance générale dans la région, – 20 % à – 30%. La région parisienne tire la consommation de granulats, explique un carrier membre d’un grand groupe, expliquant des disparités entre Paris et certaines régions.
La demande de matériels attachés à la production des granulats suit elle la tendance ? Oui et non. « Nous allons fait une très bonne année 2012, avec un chiffre d’affaires de 90 millions d’euros », dit Benoît Etienne, le président de Wirtgen France. La filiale du groupe allemand a bénéficié, en 2011, et cette année, de ses positions dans l’industrie routière, mais aussi des effets de la structuration de l’organisation des ventes de concasseurs Kleemann, constructeur repris par Wirtgen. « Les ventes étaient demeurées cantonnées dans l’Est de la France, maintenant nous travaillons sur tout le territoire ». Kleemann progresse aussi bien auprès des grands comptes que des prestataires de service. Pour sa part Philippe Portevin, directeur général des ventes de Metso Minerals France, observe : « On a l’impression que les carriers diffèrent temporairement les investissements dans les installations fixes, au profit des concasseurs mobiles ». La filiale de Metso réalisera cette année un chiffre d’affaires à peu près équivalent à celui de 2011 : 80 millions d’euros. Mais Philippe Portevin admet « ne pas avoir d’indices pour 2013 ».

Faire durer
Les ventes de matériels mobiles, dont la tendance était illustrée dans notre dernière chronique, font aussi les frais de l’attentisme des carriers. Des indices : « On nous demande de reconditionner des pelles, et des chargeuses », observe Philippe Hoerner responsable régional des ventes de Liebherr France.
Faire durer les matériels en attendant d’y voir plus clair, ce pourrait être le leitmotiv des entreprises. Jean-Paul Juin, directeur du matériel de Lafarge Granulats, fait tourner ses matériels mobiles d’un site à l’autre en fonction des besoins et des disponibilités.
Cet attentisme profite-t-il aux loueurs ? Peu à Lheureux, loueur avec chauffeur, regrette Jacques Lheureux, directeur commercial. « Nous comptions sur les carriers pour stimuler notre activité, très orientée vers les terrassiers ». Peu chez CFE : « Les carriers se contentent d’utiliser leur parc et vivent sur leurs stocks, commente Philippe Dury, directeur général du loueur de « grosses machines ».
Une exception : les draglines. 2012 a été une bonne année en France : 4 machines neuves ont été vendues en France sur un micromarché que l’on aurait pu croire en déclin. Une par Sygmat, importateur de Sennebogen, 3 autres par Liebherr-Nenzing Equipements. « Ces matériels, plus efficaces dans certaines exploitations, sont attachés à des projets précis » dit Olivier Terrier, le directeur général de la filiale de Liebherr.

Rationaliser
« En période de crise, il faut être plus réactif, plus inventif » dit Jérôme Thomas responsable de Loadrite France. « Certains de nos clients, et non des moindres, achètent des équipements de pesage embarqué haut de gamme, pour améliorer la rentabilité de leurs flottes ». N’est ce pas le moment, en effet d’affiner ses méthodes ?
Laissons le dernier mot aux majors. Pierre Berger, nouveau p-dg du Groupe Eiffage , recommandait il y a peu « une plus grande sélectivité dans la prise d’affaires, une grande maîtrise des chantiers en cours pour faire en sorte de parvenir à une bonne exécution du premier coup et des efforts de productivité ». Ou encore Jacques Tavernier, p-dg d’Eurovia (groupe Vinci). « Nous soignons le transfert du bureau d’études au conducteur de travaux» disait-il dans une interview au Moniteur des travaux publics et du bâtiment (31 août 2012). Il soulignait aussi l’intérêt de la préparation du chantier. Il faut « optimiser l’emploi des équipes, les approvisionnements, le matériel»…
Michel Roche

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