La crise ne profite pas à la location

Selon l’ERA (European Rental Association), le marché européen de la location des matériels de chantier en 2012 aura été atone, avec une progression de seulement 0,1%, contre 4% en 2011 par rapport à 2010.
Le Rental Tracker, l’observateur du marché de la location de l’ERA et du magazine International Rental News, le confirme. Une majorité d’entreprises de location européennes constatent une baisse de leurs activités au deuxième et au troisième quadrimestre de 2012. Mais plus encore qu’une baisse d’activité c’est « une détérioration massive de la confiance à laquelle on assiste » relève le magazine. Seulement 31% des loueurs européens font état d’une augmentation de leur chiffre d’affaires au dernier quadrimestre par rapport à la même période de 2011.

Le Nord de l’Europe en meilleure situation
Une affirmation qu’il faut envisager avec des nuances géographiques. Les Russes demeurent majoritairement confiants. Les loueurs d’Europe du Nord sont pour un peu moins de la moitié à voir leur chiffre d’affaires progresser. Et les Français ne sont que 31% à connaître cette situation. Conséquence, les investissements chutent. Aucune des entreprises françaises interrogées n’envisage un accroissement de ses investissements de plus de 10% en 2013, alors que 26% des loueurs européens investiront au moins à ce niveau.
Le DLR confirme l’atonie du marché français. Par rapport à la même période de 2011, le chiffre d’affaires des loueurs français a progressé de 6% au premier trimestre, baissé de 1% au deuxième trimestre, et cru de 3% au troisième.

Utiliser les vieux matériels
La conjoncture n’est pas bonne. L’absence de visibilité des entreprises accuse la faiblesse des ventes de matériels en France. Mais elle ne profite pas à la location. Quand c’est possible, les entreprises utilisent mieux leurs parcs. Elles transfèrent des machines anciennes vers des sites où elles continueront à servir. Lors de la récente journée de la location du DLR, Michel Ducasse, le directeur des ressources techniques d’Eurovia a fait état de cette stratégie. Jean-Paul Juin, directeur du matériel de Lafarge Granulats n’agit pas autrement (voir notre chronique du 12 octobre 2012). Pourtant Michel Ducasse n’exclut pas la location de la totalité du parc pour un chantier donné, pour toute la durée de ce chantier. Mais l’exercice a des limites.

Concurrence
« A force de sous-traiter, dans nos métiers de production et de service, un jour notre sous-traitant devient notre concurrent » déclarait Michel Ducasse. La valeur de renouvellent du parc matériel d’Eurovia est de 4,5 milliards d’euros pour un chiffre d’affaires de 8,8 milliards d’euros. Cependant, dans un chantier moyen, la routière engage des matériels loués pour la même valeur que ses matériels propres, soit environ 7% du coût du chantier pour chaque poste. Mais ce ne sont pas les mêmes ! Michel Ducasse explique : « Nous achetons les matériels stratégiques ».

Loueurs de grosses machines ?
Certains, il y a vingt ans, prédisaient que la location se substituerait progressivement aux matériels propres des entreprises, et que les chefs de matériels deviendraient des gestionnaires de prestations extérieures.
Cela n’est pas arrivé. La location des matériels profite en France d’un « trend » positif. Elle s’est largement répandue, mais, essentiellement pour les matériels d’une dimension limitée. Si l’on excepte le cas un peu particulier de Bergerat Monnoyeur, qui fournit des machines Caterpillar, de taille importante, ou encore de Liebherr, seul constructeur à s’être engagé explicitement dans la location en France, les loueurs de « grosses machines », machines de production, sont un petit nombre de prestataires de dimension limitée.

Location ou amortissement ?
David Dahirel, le directeur de Ritchie Bros France, observe : « Il est vrai que les entreprises françaises louent relativement peu de matériels de production. Mais les « majors » louent déjà davantage sur leurs chantiers à l’étranger. Ils n’hésitent cependant pas à le faire pour de gros chantiers en France, comme celui de la LGV BPL. Mais les grandes entreprises veulent louer les matériels à un tarif équivalent au coût de leurs amortissements. Ce n’est pas tenable pour un loueur. La crise peut faire évoluer les comportements. Et il y a une offre, certes encore dispersée. ».
La technicité des entreprises françaises est reconnue. Elle repose sur la qualité de leurs études, de leurs méthodes. Dans quelle mesure les matériels et leur gestion participent-ils de cette technicité ? Ils comptent pour beaucoup sans doute. La conjoncture, l’analyse des paramètres de la production vont-elles conduire les entreprises à louer davantage, y compris des matériels de production ? Ce n’est pas pour tout de suite.

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