Les artisans du BTP manquent de visibilité

L’activité des artisans du bâtiment s’est dégradée. Le quatrième trimestre de 2012, avec une chute de l’activité de 2,5% par rapport à la même période de 2011, entraîne l’année entière dans une diminution globale de l’activité de 1% (-1% pour le neuf, -0,5% pour l’entretien-amélioration). Ces chiffres, communiqués par la Capeb (Confédération de l’Artisanat et des petites entreprises du bâtiment), qui représente l’artisanat du secteur, soit 380 000 entreprises en France, suscitent cette déclaration de son président : « La situation est extrêmement grave » dit Patrick Liébus. Le neuf, à -4%, a compté pour beaucoup dans cette dégradation, l’entretien-rénovation étant à -1,5%, les Apel, travaux d’amélioration de la performance énergétique des logements, à + 1%, ne compensant pas les autres interventions.

Pression sur les prix
« La chute de notre activité s’accélère, sans aucun espoir de reprise » poursuit le président. La Capeb table, pour 2013, sur une baisse de l’activité des artisans du bâtiment de 3% (-6% pour le neuf, et -0,5% pour l’entretien-amélioration). On le sait, ces artisans sont descendus dans la rue le 18 janvier dernier pour exprimer leurs inquiétudes. La mauvaise conjoncture fait pression sur les prix, et, peut-être pire, diminue la visibilité des entreprises. « Comment gérer une entreprise qui emploie 2, 10 personnes, avec des commandes assurées à 15 jours ou 1 mois ? » demande Patrick Liébus.
La pression sur les prix prend des formes diverses. La concurrence des auto-entrepreneurs, dit le président de la Capeb, mais aussi l’intervention sur le marché français d’entreprises étrangères et de société d’intérim proposant des salariés dans des conditions non conformes à la réglementation française. Déjà pointées par la FFB et la FNTP, ces pratiques pèsent sur l’activité des artisans du bâtiment dans la mesure où elles les privent de marchés de sous-traitance d’entreprises plus importantes. S’y ajoute une hausse des coûts des matériaux difficile à répercuter sur le client.
La Capeb a exprimé sa perception de la conjoncture et listé 14 mesures propres à combattre la chute du marché du bâtiment lors de sa rencontre avec Sylvia Pinel, ministre de l’Artisanat, du commerce et du tourisme. Patrick Liébus assure avoir trouvé des oreilles attentives à la situation de l’artisanat du bâtiment.

La concurrence des majors
Les artisans des travaux publics et du paysage, soit plus de 92% des 62 000 entreprises des deux secteurs vivent une conjoncture également à la baisse. « Nous avons connu une année 2012 difficile, dit Gérard Bobier, le président de la CNATP (Chambre nationale de l’artisanat des travaux publics et du paysage). Les commandes sont bloquées, aussi bien du côté de la commande publique, dont nous dépendons à 50%, que de la commande privée. Même s’il y a de l’argent chez certains particuliers, la mauvaise conjoncture les incite à retarder leurs investissements ». Conséquence : des carnets de commande qui s’amenuisent avec un horizon de plus en plus court. La trésorerie des artisans des TP et du paysage s’en ressent. Et la concurrence se fait vive. « De Clermont-Ferrand à la frontière espagnole on voit arriver des entreprises espagnoles, et portugaises, pas toujours respectueuses du droit du travail français » dit Gérard Bobier. « De plus certains majors des travaux publics – qui nous faisaient attendre il y a quelques années pour les marchés qu’on leur proposaient en sous-traitance – viennent soumissionner pour de petits chantiers avec des prix inférieurs de 20% à 30% aux nôtres. Les grandes entreprises sont tentées de faire du chiffre d’affaires pour maintenir leur personnel et faire tourner leur matériel ! »

Répercussions indirectes : les matériels
Comme les présidents de la FFB et de la FNTP, le président de la Capeb rappelle que nombre d’emploi sont en jeu. Et pas seulement directs. « Les artisans achètent des utilitaires. En période de crise, ils sont tentés de différer leur renouvellement ». Il en est de même pour leurs autres biens d’équipement, les matériels.
Pas question non plus de renouveler les matériels chez les artisans des travaux publics et du paysage. « Nous avons acheté beaucoup de machines il a quatre ou cinq ans, quand le marché était très dynamique, dit Gérard Bobier. Nous sommes bien contents quand nous faisons tourner deux pelles sur trois, et les traites tombent. Même si les machines tournent on diffère leur remplacement ».

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