Les loueurs de matériels de chantier européens aux constructeurs : « Nous voulons des machines plus robustes et plus aisées à entretenir »

L’ERA (European Rental Association) entend inciter les constructeurs de matériels de chantier à produire des machines plus adaptées aux besoins des loueurs. Elle estime que l’offre est encore loin de satisfaire les besoins des professionnels de la location. Elle compte sur sa représentativité, et sur la collaboration des constructeurs pour obtenir gain de cause.
L’ERA regroupe une centaine de membres, 13 syndicats nationaux d’entreprises de location, issus de 12 pays, 42 loueurs de 14 pays, à titre individuel, 42 constructeurs de matériels et fournisseurs de services spécialisés, de 14 pays. Au travers des organisations nationales elle représente 5000 entreprises de location, qui emploient 117 650 personnes, et qui réalisent un chiffre d’affaires de 22, 7 milliards d’euros.
Michel Petitjean, secrétaire général de l’ERA, explique la démarche de l’association en matière de spécifications pour les matériels de chantier.

Le blog d’Intermat : En quoi l’ERA est-elle compétente en matière de matériels de chantier ?
Michel Petitjean : Nous sommes les représentants indiscutables de la location de matériels de chantier, à court et moyen terme, au niveau européen. La richesse et la profondeur de l’ERA reposent sur la combinaison de l’expertise de ses membres, les représentations nationales pour les spécificités locales, les grands loueurs pour l’expérience du terrain, le dynamisme et l’innovation, les fournisseurs pour leur inventivité et leur soutien.
Nous réunissons le meilleur de nos membres dans nos différents comités et ateliers. Pour les matériels, c’est le comité Technologie des Equipements qui est compétent.

LBI : Quels sont les ateliers d’actualité de ce comité ?
MP : Ce comité a été créé en 2010 à partir du constat suivant. La location des matériels de chantier prend une part de plus en plus importante dans le Monde, en Amérique du Nord, en Europe, et bien ailleurs. Les entreprises de location ont des besoins en matière de spécification des matériels. Par exemple : elles n’ont pas la maîtrise des opérateurs, le taux de rotation des équipements est bien supérieur à celui qui est courant dans les entreprises. Donc les loueurs ont besoin de matériels adaptés à leurs contraintes.

LBI : Pouvez-vous donner des exemples d’offres inadaptées ?
MP : Les constructeurs nous proposent des minipelles sophistiquées, avec des formes arrondies. Ces machines travaillent dans des lieux exigus, sont sujettes à des heurts, et les bris de vitres et de pare-brise sont légions. Or les vitres courbes sont très onéreuses. Ce dont nous avons besoin ce sont des vitres plates faciles à trouver et à remplacer. Les formes sophistiquées sont génératrices de surcoût. Je me souviens d’un capot de nacelle élévatrice, élancé, facturé 3000 euros en pièces détachées. Et je pourrai parler des flexibles exposés à des dommages répétés. Ce que nous voulons ce sont des machines plus robustes et plus aisées à entretenir. Les directeurs de matériels des loueurs passent leur temps à se plaindre de ces travers. Mais que pèse un loueur, même important devant un constructeur mondial, quand il s’agit de revoir, souvent fondamentalement, le design du matériel ?
A présent la discussion est entre l’ERA, la location européenne, et les industriels.

LBI : Comment se présentent vos requêtes ?
MP : Nous avons analysé jusqu’à 27 points de risques de dommages pour les matériels et pour les personnels. Nous avons les résultats pour les chariots à portée variable, les chargeuses sur pneus, les pelles hydrauliques, les motobasculeurs, les compacteurs bicylindres, les nacelles télescopiques, les nacelles à ciseaux, les nacelles à mât vertical. Ces travaux ont donné lieu à la rédaction d’un Catalogue des Enjeux de la location de matériels, des besoins et des exigences pour les matériels de construction et d’accès en hauteur. Par séries de produits nous présentons 9 causes prioritaires de risques pour les matériels de construction et 5 causes prioritaires pour les nacelles, avec un code couleur pour signaler leur niveau de gravité. Par exemple pour les nacelles, le plus haut niveau de risques porte sur les heurts auquel est exposé le « panier » qui supporte l’opérateur.
Ces travaux du comité Technologies des Equipements seront exposés lors d’une conférence, qui se tiendra pendant les deux Jours de la Location à Intermat 2015 (*). Cette conférence sera accompagnée d’une table ronde entre des loueurs et des constructeurs de matériels. Suivront des ateliers spécialisés.

LBI : Le prochain chantier du comité ?
MP : Nous travaillons à réduire les instructions pour l’usage des matériels à trois fiches : comment opérer simplement la machine, comment faire simplement l’entretien journalier, quelles sont les principales mesures de sécurité à respecter. Les constructeurs ont résisté longtemps arguant du fait que les réglementations imposaient des manuels d’instructeur complets. Notre idée est de forcer les constructeurs à s’associer à la rédaction de ces fiches et à mettre ces fiches en tête des manuels d’instruction.
Dans ce but nous avons édité une recommandation pour l’élaboration standard des fiches d’instruction pour les matériels.
La question a bien avancé en Espagne, en Suède, et dans les pays nordiques en général, où les partenaires concernés, syndicats professionnels, syndicats de salariés, organismes de prévention, compagnies d’assurance, sont tombés d’accord sur la démarche.

(*) 22 et 23 avril 2015

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