Il est inconcevable qu’il y ait des niveaux d’émissions différents en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, disent les constructeurs européens de matériels de chantier.

Après une année à + 9%, le marché européen des matériels de chantier en 2015 demeurera au niveau de 2014, pense le Committee for European Construction Equipment.
Les constructeurs européens sont partants pour suivre l’évolution de la réglementation sur les émissions polluantes des matériels, mais ils pointent le danger, lors de l’entrée en vigueur de l’Etape V, d’une différence de niveau dans les trois marchés qui sont dotés à présent des normes les plus sévères.
Le Cece rassemble les syndicats professionnels européens. Les 1200 entreprises que représentent ces syndicats font un chiffre d’affaires annuel de 25 milliards d’euros. Le Cece profitera d’Intermat 2015 pour faire avancer le dossier des matériels non conformes.
Eric Lépine, le président du Cece, commente la conjoncture internationale et précise la position de son organisation sur la réglementation sur les moteurs.

Le Blog d’Intermat : Quelle a été est la conjoncture européenne pour les matériels de chantier l’année dernière ?
Eric Lépine : Le marché européen a cru de 9% en 2014 par rapport à 2013. C’est un chiffre satisfaisant, mais il ne faut pas oublier que nous sommes à 40% en dessous des sommets de 2007, donc à un niveau assez bas. Cette progression recouvre des réalités assez différentes, en termes géographiques et de spécialités. Le marché britannique a progressé de 32%, et l’Allemagne, qui était déjà sur une production élevée, de 10%. Les pays nordiques ont connu des croissances significatives. Même s’ils ont bénéficié d’une reprise à un rythme important, l’Espagne, l’Italie et le Portugal demeurent des marchés très faibles. Quant à la France, elle n’est pas au mieux de sa forme.
Si l’on regarde les catégories de matériels on constate une même disparité. Les matériels routiers se sont bien comportés, avec une croissance des ventes de 19% ; et les ventes de matériels routiers ont cru de 6%. En revanche les ventes de matériels pour le béton ont stagné, après plusieurs années de dépression. 2014 n’a pas été non plus une très bonne année pour les grues.

LBI : Quelle est votre prévision pour 2015 ?
E.L. : Nous pensons que ce sera pour l’Europe une année à peu près de même niveau que 2014, au maximum avec une faible croissance.

LBI : Et les autres marchés ?
E.L. : L’Amérique du Nord continue à être dynamique, mais l’Amérique du Sud ne montre pas de signe de reprise. L’Asie est beaucoup plus faible qu’elle n’a été. Particulièrement la Chine, toujours en croissance, mais à un rythme nettement plus bas. Cela a des conséquences. L’industrie chinoise est dimensionnée pour un marché à un niveau plus élevé. S’appuyant sur leur efficacité en matière de coûts, les industriels chinois vont utiliser leurs capacités de production pour se développer dans les marchés internationaux.

LBI : Ce phénomène concerne-t-il les marchés européens ?
E.L. : Il y a des comportements de ce type.

LBI : Comment réagit le Cece ?
E.L. : Tant qu’il s’agit d’importations de machines conformes à la législation européenne, nous n’avons aucun problème avec cela. Par contre, il est clair que nous ne pouvons accepter la concurrence déloyale de matériels non conformes en matière d’émissions des moteurs, de sécurité etc. C’est l’un des points sur lesquels nous travaillons avec les autorités européennes afin qu’il y ait une surveillance du marché efficace. Il faut aussi veiller à ce que des matériels vendus sur des marchés dont la réglementation en matière de moteurs est moins sévère que la nôtre ne reviennent pas sur le marché européen.

LBI : Vous pensez aux matériels d’occasion ?
E.L. : Entre autres.

LBI : Il y a des constructeurs qui construisent en dehors de l’Europe pour les marchés européens. C’est un problème ?
E.L. : Non. Notre industrie peut utiliser ce moyen pour réduire ses coûts et améliorer ses marges. Le problème ce sont les matériels non conformes à la réglementation européenne qui arrivent en Europe.

LBI : Des constructeurs de pays émergents ont acquis des constructeurs européens de matériels. Y a-t-il un risque de perte de savoir-faire au profit de pays comme la Chine ?
E.L. : On ne peut lutter contre la mondialisation. Les constructeurs occidentaux sont déjà en Chine et des transferts de compétence ont déjà eu lieu. Il faut continuer à promouvoir le libre-échange. Le Cece veut laisser s’établir une concurrence loyale. Si les constructeurs extra-européens viennent créer des emplois en Europe nous aurons même tendance à les encourager.

LBI : Quelle est la position du Cece à l’égard de la nouvelle réglementation sur les émissions polluantes des moteurs, qui aboutira au niveau Etape V en 2019 et 2010 ?
E.L. : Nous sommes partants pour améliorer les standards d’émissions. Mais nous demandons des aménagements. Nous souhaitons que la procédure pour obtenir les niveaux requis soit fixée avant la fin de 2015 de manière que nos industriels aient le temps de préparer leurs solutions techniques. Nous demandons aussi un délai de six mois en plus, soit vingt-quatre mois au total pour la mise sur le marché de machines équipées de moteurs d’une Etape précédente et des moteurs d’une Etape précédente, et dix-huit mois pour la fabrication des machines intégrant un moteur d’une Etape précédente.
Enfin il nous faut des éclaircissements sur la possibilité de fournir des moteurs de rechange pour les machines déjà sur le marché. .

LBI : Il n’est pas prévu d’évolution des normes américaines. Quelle en est la conséquence ?
E.L. : Les nouvelles règles européennes seront les plus restrictives au Monde. Davantage que les règles américaines et japonaises. Il est inconcevable qu’il y ait des niveaux différents dans les seuls trois territoires où il y a déjà des exigences réglementaires très élevées. Cette situation mettrait en difficulté des constructeurs contraints de concevoir des machines différentes pour ces différents marchés. Les institutions européennes doivent s’aligner avec les institutions des autres marchés réglementés pour qu’ils établissent les mêmes niveaux d’exigences.
Il y a un autre danger : dans certaines villes, régions, ou même pays, il y a des demandes pour imposer l’installation de systèmes de filtration supplémentaires sur nos machines. Nous devons faire comprendre que ces équipements, non prévus à l’origine, amoindrissent la puissance des matériels et les rendent inaptes à faire le travail pour lequel elles auront été acquises.

LBI : Le Cece s’implique-t-il dans Intermat 2015 ?
J.C. : Oui, bien sûr. Notre comité directeur s’y réunira et nous y tiendrons une conférence de presse. Il y a peu de salons comme Intermat dans le Monde. Aussi nous allons profiter de cette manifestation pour faire avancer le dossier de la surveillance des marchés. Comme lors des précédentes éditions, les experts du Cisma (1) et les organisateurs d’Intermat vont parcourir le salon afin d’identifier, le cas échéant, des matériels non conformes à la réglementation européenne. Par ailleurs, nous avons invité à Intermat des représentants de la Commission Européenne qui s’occupent de la surveillance des marchés, dans le but de les sensibiliser à la question de la non-conformité. Sur ce sujet nous travaillons à deux niveaux : d’une part nous alertons les autorités au niveau national pour qu’elles interviennent sur le terrain, d’autre part nous travaillons avec la Commission afin d’endurcir le cadre législatif.

(1) Syndicat des Equipements pour la Construction, les Infrastructures, la Sidérurgie et la Manutention

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