Philippe Cohet : « Je propose à Manitowoc qu’Arcomet et Matebat soient ses partenaires pour la location des grues à tour, en France, et aussi en Europe »

Un axe Manitowoc-Arcomet-Matebat ? Les deux loueurs de grues à tour, ont un actionnaire commun, et, depuis peu, le même patron. Philippe Cohet, auparavant vice-président Europe, Moyen-Orient et Afrique de Manitowoc Cranes, est président du directoire d’Arcomet [chairman] et président de Matebat. Arcomet (chiffre d’affaires 66 millions d’euros), basé en Belgique, est un loueur international actif en Europe, mais aussi aux Etats-Unis et en Asie. Il a possédé 1500 grues (1000 aujourd’hui). Matebat (chiffre d’affaires 60 millions d’euros), est un loueur français, devenu national, détenteur de 1000 grues. Arcomet est un client de Potain, mais aussi de Terex Cranes. Il produit lui-même ses grues à montage automatisé (400 machines dans son parc). Matebat est un client de Potain, dont il est distributeur. Philippe Cohet positionne ses sociétés dans un marché très concurrentiel. Il explique la situation des deux entreprises et leurs perspectives de développement, par territoires et relativement aux autres acteurs, y compris les constructeurs de grues à tour, occidentaux et chinois.

Le Blog d’Intermat : Vous dirigez deux entreprises de location de grues à tour assez différentes. Quelle est la logique ?
Philippe Cohet : J’ai été chargé de piloter le redressement d’Arcomet et le fonctionnement d’Arcomet et de Matebat. La société d’investissement LFPI est entrée dans le capital de l’une et de l’autre. Dès 2007 pour Arcomet, qui avait de grosses ambitions de développement. En 2012, LFPI a pris la majorité des parts. En 2007 également, Bernard Boullet, le créateur de Matebat, a ouvert son capital à LFPI, pour un LBO, afin que le fonds augmente ses capacités de croissance et lui donne une certaine pérennité.

LBI : Quelle est la position d’Arcomet aux Etats-Unis ?
Ph.C. : Nous y avons une «joint-venture », P&J Arcomet, qui fait travailler une centaine de grues à partir de deux établissements, à Washington et à Houston.

LBI : Quelle est la concurrence ?
Ph. C. : Le marché est dominé par Morrow, le partenaire historique de Liebherr. Il possède 400 à 500 grues. Comme toujours aux Etats-Unis ce sont de grosses machines, l’habitat individuel et le petit collectif étant réalisé avec d’autres moyens de levage, grues mobiles, grues auxiliaires etc. Les autres loueurs, souvent également loueurs de grues mobiles, possèdent 100 à 150 machines, et, comme nous, sont des acteurs locaux. Nous exerçons un métier de proximité, de service et de logistique. Il ne faut pas dépasser un rayon de 200 km, sous peine de perdre sa compétitivité.

LBI : Quelle est la stratégie de développement d’Arcomet aux Etats-Unis ?
Ph.C. : Accroître notre parc et ouvrir un troisième établissement. Nous en parlons avec notre partenaire et nous visons la côte Ouest.

LBI : Quelle est la situation en Asie ?
Ph.C. : Nous avons environ cent-cinquante machines en Asie. Historiquement le marché pour les grues au standard européen, c’était essentiellement Singapour, où Arcomet est installée. Depuis deux à trois ans la situation a changé. Le marché immobilier a évolué vers l’habitat social et moins vers des immeubles d’habitation ou de bureaux prestigieux, avec pour conséquence une chute, non pas tant des volumes que des prix. Et les pouvoirs publics ont autorisé des grues non CE, donc des technologies chinoises. Des loueurs locaux ont acheté des grues chinoises et se sont développés. Arcomet, qui a une flotte essentiellement européenne de grues à flèche relevables Terex Comedil, souffre. Arcomet va bien mieux à Hong-Kong, via une « joint-venture » et en Australie, avec un partenaire local. A Singapour, soit on rapatrie nos grues, soit on bascule notre parc vers des grues chinoises.

LBI : Vous pourriez acquérir des grues chinoises ?
Ph.C. : Il y a plus de deux cent constructeurs en Chine, de toutes sortes. Les meilleurs, et notamment Zoomlion, ont une offre acceptable dans certaines classes de produit. Il faut cependant faire la différence entre les performances instantanées et la persistance de cette performance. Il n’est pas sûr que ces machines conservent une valeur de revente élevée comme les machines européennes. Or vous savez que la revente des machines fait partie de la chaîne de valeur des loueurs de grues…

LBI : Quels sont les plus important marchés européens pour Arcomet ?
Ph.C. : Ceux des pays d’Europe du Nord. Ces marchés sont corrects en volume, et en prix par rapport à nos références, un taux de location mensuelle nette de 1,5 à 2% de la valeur des machines à neuf. Nos deux meilleurs marchés sont l’Allemagne et le Royaume-Uni. En Allemagne, où les prix sont 20% supérieurs aux prix français, nous sommes actifs dans la région de Cologne et Düsseldorf, et de Berlin. Ici encore nous regardons, pour nous développer, des régions qui sont encore peu couvertes par des loueurs locaux. Le Royaume-Uni profite de la reprise de la construction, tout particulièrement dans le Grand Londres. La demande a cru de manière très rapide, plus vite que l’offre, et les prix y sont les meilleurs d’Europe. Il y a donc des opportunités de développement. En Belgique, où Arcomet est très bien implantée, le marché de la construction n’est pas mauvais. L’intervention des loueurs néerlandais a fait baisser les prix. Mais leurs machines pourraient retourner au Pays-Bas avec la reprise de la construction dans leur pays d’origine, créant un petit effet de pénurie.

LBI : Ce n’est pas la pénurie qui menace en France. Matebat, loueur interrégional, est devenu national.
Ph.C. : En deux ans Matebat est passé de 500 à 1000 unités, avec les rachats successifs de Franmat et d’Arcomet France. Cette dernière opération était une des pièces essentielles de la restructuration d’Arcomet. A présent Matebat est devenu un acteur national.

LBI : Matebat est donc largement dominant.
Ph.C. : Pas tant que cela. Nous ne dépassons pas les 30% du marché, et un petit 20% en Ile de France. En face de nous, dans un marché très concurrentiel qui pousse à la baisse des prix, nous avons Liebherr, Hexagone, son partenaire, Sofral, Valente, Wastiaux, etc. qui ont des parcs entre 200 et 250 machines. Et il ne faut pas oublier les parcs matériels des grandes entreprises, Vinci, Eiffage, Demathieu et Bard, Ramery, Léon Grosse… Cependant avec la crise ils louent moins de grues.

LBI : Les grandes entreprises françaises gardent des parcs importants. Pourquoi ?
Ph.C. : Je pense que la tendance est plutôt à la diminution qu’à l’augmentation des parcs. Mais les majors entendent garder la maîtrise technique des grues. Leurs services matériels veulent pouvoir discuter avec leurs bureaux d’études. La grue est porteuse de la productivité, de la sécurité des chantiers. C’est très positif pour nous car cela fait partie de la valeur perçue de la grue à tour.
A l’étranger cependant on a vu des parcs matériels de majors cédés à des loueurs, celui de l’Allemand Strabag, et à présent celui du Britannique Harrington.

LBI : Le parc de Matebat est essentiellement Potain ?
Ph.C. En majorité, mais avec le rachat d’Arcomet nous avons d’autres marques. Nous sommes en train de rationaliser le parc. J’observe que des constructeurs comme Liebherr, ou encore Wolff, se sont mis à faire de la location. Nous regardons cela de très près. Je propose à Manitowoc d’être son partenaire loueur, en France, mais aussi en Europe.

LBI : Peut-on imaginer un axe Matebat-Arcomet dans cette perspective ?
Ph.C. : Ce sont des groupes indépendants, qui ont un actionnaire majoritaire et un dirigeant commun. Ils ne sont pas concurrents, puisqu’ils agissent dans des territoires bien définis et complémentaires. J’ai deux portefeuilles différents mais j’essaye de définir des synergies. Arcomet n’a plus investi depuis 2008 donc il y a urgence à renouveler son parc. Je suis en train de regarder avec les producteurs. Manitowoc n’est pas exclu de cette discussion. Mais j’ai aussi des contacts avec Terex Comedil, dont Arcomet possède le plus grand parc en Europe, pour voir comment ils peuvent nous aider.

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