Serge Grygorowicz : « Le BTP montre un intérêt croissant pour les cobots. Nous proposons des solutions pour le port des charges et les gestes pénibles »

RB3D (CA 1,2 millions d’euros), fondée en 2001, commence par concevoir des systèmes d’assistance aux gestes, notamment des systèmes mécatroniques portables pour le secteur médical et l’aéronautique. Serge Grygorowicz, fondateur et P-DG de RB3D, estime que les systèmes robotisés très proches de l’homme pouvaient être une solution aux problématiques de troubles musculosquelettiques. En 2009 la start-up RB3D se lance dans l’étude et la réalisation de cobots, robots collaboratifs. Le premier client est Michelin, pour le rechapage de pneumatiques. En 2009 RB3D présente à la Direction générale de l’armement (DGA) un projet d’exosquelette pour assister le fantassin dans port de charges, qui deviendra Hercule, en cours de développement. La majorité des applications civiles de RB3D demeurent attachées à des sites industriels : fonderie, automobile, verrerie, etc. Jusqu’à une rencontre avec Colas et avec le chantier. Serge Grygorowicz explique les spécificités des cobots, quelles sont les perspectives de ce matériel pour le BTP.

Le Blog d’Intermat : Quelle est la différence entre un cobot et un robot ?

Serge Grygorowicz : Ils peuvent se ressembler sur le plan de la structure. Ils sont l’un et l’autre des assemblages de moteurs, de capteurs et de lois de contrôle-commande.

Mais le robot est conçu dans une perspective de l’autonomie, pour la répétition de mouvements préprogrammés, éventuellement complexes, dans un environnement qu’il connaît et reconnaît.

Le cobot, en revanche, également adapté au travail à effectuer, permet une coexistence très proche de l’homme et de la machine. Il va porter les efforts, éventuellement encaisser les vibrations et contraintes, mais c’est l’homme qui va diriger les gestes. Le cobot apporte la rigidité, la force, l’homme l’intelligence du mouvement.

L.B.I. : Le cobot est intelligent ?

S.G. : Il répond à des lois de contrôle-commande afin de rester souple et facile d’usage. C’est un intelligence « suiveuse » mais nécessaire, qui permet le travail de manière sécurisée. Il peut être conduit à prendre des initiatives pour gérer cette sécurité. Mais il doit demeurer « transparent ». Le cobot ultime et rêvé, on ne le sent pas.

L.B.I : Quelles sont les catégories d’usage des cobots ?

S.G. : Le port de charges, et le travail à l’outil. Il peut être utilisé pour la manutention de charges lourdes. Il peut être utilisé à l’exécution de tâches avec des outils, lourds également, éventuellement vibrants, ou encore exerçant un fort couple. Il peut opérer des mouvements d’insertion, de ponçage, de sciage, pose de joints, etc.

Dans l’industrie mécanique un homme travaillant avec un de nos cobots met en place avec précision des toits de cabine de camion. Une tâche pénible qui nécessitait le concours de plusieurs employés. On peut aussi parfois y ajouter une assistance numérique, proposant une trajectoire pour le rangement des hayons arrière d’automobiles sans risques de dommages.

L.B.I : Peut-il y avoir une réaction négative des personnes qui vont travailler avec un cobot ?

S.G. : Notre intervention s’appuie sur un audit, au moyen d’un groupe de travail réunissant les responsables des méthodes et de la maintenance. On réalise le matériel et on procède à l’installation. Nous assurons ensuite la maintenance à distance. Les utilisateurs sont impliqués dès le début, et ils ont des réactions positives en observant que c’est l’homme qui donne le rythme de travail et non la machine.

L.B.I. : Comment êtes-vous arrivés dans le BTP ?

S.G. : Des responsables de Colas ont eu connaissance de nos travaux sur les exosquelettes pour l’armée. Ils cherchaient des solutions pour améliorer les conditions de travail pour le poste de « tireur au râteau ». Dans le sens du bien-être – et non de la productivité. Nous leur avons proposé un audit. On a pu, de version en version, aboutir à une machine qui va diminuer la force à appliquer d’un facteur 5. Ainsi est né l’Exopush. 5 des 10 matériels de présérie prévus pour 10 agences de Colas sont en cours d’essais.

L.B.I. : La problématique du BTP est différente de celle de l’industrie ?

S.G. : Oui. Dans l’industrie le cobot peut être lié à la structure. Les matériels utilisés dans le BTP doivent être mobiles. Il faut donc des cobots nomades, liés à l’opérateur, des exosquelettes. Cette spécificité implique une alimentation électrique par batterie, avec une autonomie suffisante. L’Exopush consomme seulement 2,2 W/kg, et bénéficie d’une autonomie largement supérieure à 4 heures.

L.B.I. : Vous avez d’autres projets dans la construction ?

S.G. : D’autres entreprises routières sont intéressées par l’Exopush. Nous travaillons aussi avec Point P pour le transport de charges, pour les sacs de 25 kg. Et avec Bouygues pour alléger les tâches avec des outils vibrants, comme les marteaux brise-béton. Nous ressentons un intérêt croissant du BTP pour les cobots. La FFB et la FNTP nous ont invités à présenter nos solutions.

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