Fil Filipov : « Pourquoi et comment j’ai racheté TIM »

Une actualité qui a défrayé la chronique économique et politique. TIM, constructeur de cabines de matériels de chantier et de machines agricoles à Quaëdypre (59), a été repris. Menacé de cessation d’activité, l’industriel français, qui a été le premier constructeur européen dans sa spécialité, devient la propriété de Fil Filipov. Actif dans le secteur des matériels de chantier, et aussi de manutention depuis plusieurs décennies, très connu dans ces industries, ce repreneur entend bien redresser TIM. Fil Filipov explique les objectifs qu’il s’est assignés, et comment il veut les atteindre.

Le Blog d’Intermat : Comment avez-vous connu TIM ?

Fil Filipov : Je connais TIM depuis 1982. A l’époque, j’ai transformé une usine, proche de Lille, destinée à produire des cabines pour les matériels de Case IH, juste avant que je m’occupe de Poclain. C’est devenu l’usine de Wasquehal de CNH, qui produit toujours des cabines pour New Holland. J’ai eu l’occasion de rencontrer la famille qui était propriétaire de TIM. A présent, TIM est le fournisseur de toutes les cabines d’Atlas (*), société que j’ai achetée en 2001 pour le compte de Terex. En 2010, j’ai racheté ce constructeur à Terex. Atlas m’appartient en propre, de même TIM. Mais il ne s’agit en rien d’une holding. Les deux sociétés sont strictement indépendantes.

L.B.I : A quel moment TIM a-t-elle été au maximum de ses activités ?

F.F. : En 2012, TIM produisait près de 40 000 cabines, faisait un chiffre d’affaires de 160 millions d’euros et employait près de 900 personnes. En 2016 le chiffre d’affaires était de 94 millions d’euros pour une production de 22 000 cabines. Le personnel avait été réduit à 470 personnes (**).

L.B.I. : Comment avez-vous réuni les fonds qui vous manquaient ?

F.F. : Je suis allé voir Caterpillar qui m’a avancé 4,7 millions d’euros. De même pour Atlas, à hauteur de 1,3 millions d’euros. La région Hauts de France pour sa part s’est engagée à avancer 3,5 millions et l’Etat 2 millions d’euros. Deux mois après je n’utilise encore que les avances des clients.

L.B.I. : Quelle va être la clientèle de TIM ?

F.F. : Parmi les dix clients de TIM, plus de la moitié étaient prêts à partir. Tous avaient un « plan B », à l’exception d’Atlas. Ils avaient trouvé un sous-traitant pour remplacer TIM, comme Buisard ou Fritzmeier. J’ai rencontré ces clients constructeurs et je peux dire qu’à présent je n’en ai perdu aucun : Caterpillar, JCB, Manitou, Potain, Yanmar, Bobcat, Atlas, Hitachi, Terberg, Terex, avec les matériels rachetés par Mecalac. Pour cinq ou six, TIM partage la production avec leur plan B. TIM deviendra profitable avec 60 millions d’euros de chiffre d’affaires, et 446 personnes (***). J’ai déjà fait comme cela dans plus de quarante sociétés en difficulté, dans 15 pays

L.B.I. : Les commandes de ces clients seront-elles suffisantes pour que TIM atteigne son objectif de chiffre d’affaires ?

F.F. : Il manque encore un petit 20%. Mais j’ai agi pour accroître la rentabilité de la société. J’ai réduit les effectifs des cadres, j’ai rapatrié la sous-traitance pour un équivalent de 50 emplois, et résilié des contrats de prestataires de service. Je suis en train de négocier pour diminuer le coût de certains fournisseurs.

L.B.I. : Etes-vous à la recherche de nouveaux clients ?

F.F. : La première démarche c’est de demander à nos clients de ne pas nous quitter, et à ceux qui ont un plan B de nous commander davantage de cabines. C’est à TIM de montrer qu’ils peuvent avoir confiance dans la société et qu’ils peuvent revenir à 100%. TIM n’a pas augmenté les prix contrairement à ce qui avait été prévu (de 15 à 25%). La deuxième approche, est de demander aux clients qui nous ont quitté, comme CNH, de nous confier une partie de leurs commandes, de devenir leur plan B. La troisième chose c’est de trouver de nouveaux clients parmi les constructeurs de matériels agricoles, dans la manutention.

L.B.I. : Qu’est-ce qui vous a décidé à vous intéresser à la reprise de TIM ?

F.F. : Je connais TIM depuis 35 ans. Je crois en TIM. C’était le plus gros constructeur de cabines en Europe. Il n’y aucune raison pour que l’entreprise ne continue pas.

(*) Atlas, société allemande, fabrique des pelles hydrauliques sur pneus, sur chenilles de 14 t à 52 t, des pelles de manutention, des pelles rail-route, et des grues auxiliaires. Le constructeur ajoutera bientôt à sa gamme des minipelles et des midipelles, ainsi que des nacelles, via une filiale, Atlas Kompact.

(**) Le chiffre d’affaires a fortement décru en 2017. Les pertes de TIM, déjà importantes en 2016, ont augmenté pendant cette période.

(***) Sur 470 avant la reprise ; tous les ouvriers et la moitié des cadres sont maintenus.

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