Jean-Marie Grossmann : « Nous comptons sur nos grues innovantes pour développer Tadano Faun en France »

C’est grâce au savoir-faire européen que Tadano, spécialisé dans les grues mobiles automotrices lentes, et les grues auxiliaires, s’est lancé dans la production des grues mobiles automotrices rapides (*). Le Japonais reprend en effet Faun, constructeur allemand spécialisé dans ces machines et dans les porteurs spéciaux, en 1990, fondant sa filiale Tadano Faun. Le groupe Tadano réalise un chiffre d’affaires de 1,347 milliard d’euros. Ses ventes se répartissent ainsi : Japon 899 millions d’euros, Europe 161 millions d’euros, Amérique du Nord et Amérique du Sud 191 millions d’euros. Tadano Faun a la charge des marchés européens, mais exporte aussi une partie de sa production, 380 grues par an au total, aux Etats-Unis et au Japon.

C’est à un spécialiste des grues, du levage, et du transport exceptionnel, Jean-Marie Grossmann – il a travaillé chez Demag, Mediaco, Noteboom, et Liebherr Grues à tour – que Tadano demande de monter une filiale de commercialisation en France. Le directeur général de Tadano France, « habitué à la reprise des activités à partir de zéro », dit-il, s’attèle à la tâche depuis 2016. Son défi : redonner confiance aux anciens clients de Tadano, et en gagner de nouveaux.

Le Blog d’Intermat : Quels types de machines proposez-vous en France ?

Jean-Marie Grossmann : Nous vendons les grues automotrices rapides Tadano Faun, conçues et fabriquées en Allemagne, soit 9 modèles, de 60 tm à 600 tm. Nous avons deux nouveaux modèles, une 60 tm et une 600 tm, l’une et l’autre présentant une configuration unique sur le marché. Le moteur de la première, l’ATF 60 G-3 EM 4, une machine à trois essieux, est placé dans la tourelle, de même que la boîte de vitesse et les pompes hydrauliques. Ainsi ces composants ne sont plus une masse morte installée dans le châssis du porteur avec la complication et les renforts que cela suppose. Ils participent, pour environ 1,5 t, à la fonction des contrepoids pendant les opérations de levage, et la transmission, mécanique, assure le meilleur rendement possible. La deuxième nouveauté est l’ATF 600G-8 EM 4. Deux cylindres télescopiques, disposés de part et d’autre, un peu au-dessus de la flèche et brochés à ses sections successives. Ces cylindres apportent un surcroît de capacité à la machine et lui assurent une stabilité latérale maximale. Ce dispositif, que nous appelons « Triple Boom », reste à demeure sur la machine et se substitue aux solutions de haubanage adoptées par la concurrence, qui, eux, nécessitent un transport séparé lors des parcours sur route, et accroissent le temps de montage de la grue.  Nos deux nouveautés seront exposées à Intermat 2018.

Nous vendons également deux modèles de camions-grues de 40 tm et 70 tm, avec une tourelle montée sur un porteur routier, de respectivement 3 et 4 essieux. J’espère aussi pouvoir exposer au prochain Intermat une grue télescopique sur chenilles, produite par l’usine américaine de Tadano.

L.B.I : Ces deux dernières configurations sont peu utilisées en France…

J.-M.G. : Elles sont appréciées en Allemagne, où l’on a souvent recours à la préfabrication pour la construction des logements, y compris individuels. Les grues peuvent appartenir à l’usine de préfabrication et assurer le montage de ses productions. C’est vrai, il y a peu de demande de grues sur camion en France, des matériels qui consomment moins, et ont un entretien plus simple que les grues automotrices rapides. Mais les levageurs français veulent pouvoir utiliser leurs machines en conditions extrêmes même si c’est une seule fois par an. Et malheureusement le différentiel de prix entre les deux types de grues n’est pas suffisamment incitatif…

Les grues télescopiques sur chenilles, très répandues au Benelux, sont peu connues en France. Elles peuvent cependant intéresser les entreprises françaises, au moins autant que les levageurs. C’est un type de grues qui nécessite des démonstrations pour convaincre les clients.

L.B.I : Vous ne proposez pas d’automotrices lentes ?

J.-M.G. : Tadano produit environ 2500 grues automotrices lentes au Japon, mais n’offre pas encore de modèles aux normes moteurs européennes.  Même si le marché français est limité à une dizaine d’unités par an j’aimerais pouvoir proposer ces machines.

L.B.I : Quelle est votre vision du marché ?

J.-M.G. : On sent une reprise de la demande des levageurs. La loi « Macron » (**) a poussé les acheteurs à anticiper certains investissements jusqu’en avril de cette année. Le marché de 2018 pourrait s’en ressentir. Mais avec la reprise de la construction on est de toute façon sur une tendance positive.

L.B.I. : Quels sont vos objectifs ?

J.-M.G. : Tadano France est parti de zéro. Nous avons vendu 5 machines fin 2016, et notre objectif pour cette année est de 16 ventes, dont 14 seront livrées d’ici la fin de l’année. Pour 2018 notre objectif est de vendre 25 unités, sachant que l’on aura notre nouvelle 60 tm et des clients se sont montrés très intéressés par la nouvelle 600 tm. Pour Tadano Faun Il y aura certainement un « effet  Intermat ». .

L.B.I. : Il vous reste un parc en France. C’est un gisement de machines à entretenir, à renouveler.

J.-M.G. : Oui, il reste en France un parc de grues Faun, Tadano, et Tadano Faun, de l’ordre de 200 unités.  Ce sont des machines très fiables et assez simples à entretenir. Avec un spécialiste reconnu, désormais directeur SAV de Tadano France, nous avons créé une structure pour le service, qui emploie trois techniciens, et organisé l’approvisionnement en pièces détachées. Notre système est très réactif. Nous pouvons livrer les pièces en 24 heures. Reconquérir les propriétaires des machines du parc ? C’est une clientèle satisfaite des grues. Mais il faut qu’ils reprennent confiance. Le fait que nous soyons une filiale, en contact direct avec l’usine, les rassure.

(*) On distingue trois catégories de grues mobiles à flèche télescopique sur roues : les grues automotrices rapides, tout-terrain et conçues pour se déplacer sur la voie publique, les grues automotrices lentes, tout-terrain, autorisées seulement sur chantier, et les grues sur camion, montées sur des porteurs de type camion routier.

(**) La loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, dite « loi Macron » prévoyait un dispositif fiscal de suramortissement (ou déduction exceptionnelle en faveur de l’investissement). Ce dispositif a été applicable aux investissements opérés jusqu’au 14 avril 2017.

Industriels Marchés Vue 3584 Clics

Ajouter un commentaire