Marc Tassone : « L’Ifsttar travaille sur la recyclabilité des matériaux. La plus grosse ressource en granulats, ce sont les chaussées »

L’Ifsttar joue un rôle essentiel dans la recherche dans le domaine de la construction. L’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux, organisme public, a été créé en 2011 par la fusion du LCPC (Laboratoire central des ponts et chaussées) et de l’Inrets (Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité). Ce sont, dans 9 sites, 5 départements, dont dépendent 41 laboratoires, dotés d’installations d’essais, employant 1 100 personnes. Marc Tassone, directeur délégué de l’Ifsttar, responsable du site de Lyon Bron (69), explique quels sont les chantiers dans lesquels est impliqué l’Institut, des fondations au recyclage des enrobés, en passant par la recherche sur les armatures pour le béton. Avec des équipements parfois uniques au Monde, les chercheurs de l’Ifsttar cassent des structures, usent des chaussées à vitesse accélérée, mettent au point des véhicules autonomes, testent la ville de l’avenir…

Le Blog d’Intermat : Comment l’Ifsttar se saisit-il des thèmes de recherche ?

Marc Tassone : Notre budget provient à 80% de nos deux ministères de tutelle, le ministère de la transition écologique et solidaire et le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, avec qui nous avons établi une stratégie scientifique, fixée par un « contrat d’objectifs et de performance », programme qui court jusqu’en 2021. Le rôle de l’Ifsttar est principalement la recherche appliquée, avec des installations d’essais, dont beaucoup sont impressionnantes. On peut citer notre dalle d’essai des structures de génie civil de Marne-La-Vallée (77) unique au Monde, constituée d’un bloc de béton de 60 m de longueur sur 10 m de large, offrant 1 millier d’ancrages. Elle permet de mesurer la résistance des structures de génie civil et de bâtiment sans réaction parasite due à l’installation.

Mais notre démarche commence toujours par une simulation par ordinateur. Après seulement, on valide sur une installation d’essai.

Dans ce cadre, nous nous penchons sur les besoins de la société, fixés par l’Etat, et de l’industrie. Aussi nous nous devons être en contact avec ceux qui créent la richesse de notre pays. Suite à des discussions permanentes avec les industriels et les entreprises, nous réalisons avec elles des programmes de recherche. Nous en partageons les résultats et les revenus d’éventuels brevets. Cette démarche concourt à 20% de nos ressources.

L.B.I. : De quelle manière l’Ifsttar est-il impliqué dans la construction ?

M.T. : Nous le sommes par notre origine puisque nous sommes nés de la fusion entre le LCPC et le L’Inrets. Plus concrètement deux de nos départements sont consacrés à la construction, Mast (Matériaux et structures) et Gers (Géotechnique, environnement, risques naturels et sciences de la terre).

L.B.I. : Quels sont les axes de recherche actuels de Mast ?

M.T. : Mast détient 9 laboratoires qui se consacrent à l’expérimentation des matériaux et des structures, à leur durabilité, à l’auscultation et à la modélisation des infrastructures de transport, etc. Ce département utilise de grosses infastructures : le manège de fatigue, une chaussée circulaire sur laquelle on fait rouler des roues équivalentes à des roues de camion, pour analyser son vieillissement, une piste d’essais qui permet de mesurer, avec des véhicules lancés, l’adhérence des chaussées avec des revêtements normalisés, ou encore un banc de fatigue des câbles, tous à Bouguenais (44).

Actuellement on travaille beaucoup sur la recyclabilité des matériaux, notamment des chaussées, qui constituent le plus grand gisement de granulats en France, dix fois la production de nos carrières ! La chaussée périt par le liant et la liaison entre les granulats, pas par les granulats, qui demeurent de bonne qualité après récupération. On peut donc les réutiliser ; on peut régénérer le liant, en général en ajoutant du liant neuf, du « dope », et un peu de fine pour rendre le matériau maniable. En France on recycle, en moyenne, 30% des matériaux de chaussées fraisées. On sait faire à peu près bien jusqu’à 70%. Après il y a des verrous technologiques.

Nous participons au Projet national Mure (Multi-recyclage des enrobés tièdes), afin que l’on puisse aller jusqu’à une recyclabilité à 100%. Pour le béton, nous participons aussi au Projet national Recybéton, notamment sur la recyclabilité des bétons de démolition, de bâtiment, et même d’ouvrages d’art.

L.B.I. : Gers travaille en amont ?

M.T. : Gers, ce sont 8 laboratoires se consacrant aux sciences des travaux de la terre, qui sont de manière évidente en relation avec la construction. C’est ce matériau que l’on remue, lors des terrassements. C’est dans ce matériau que l’on va construire, et qu’il faudra éventuellement rigidifier pour recevoir les ouvrages d’art. Nous avons fait l’étude des fondations du pont de Rion-Antirion entre le Péloponèse et le continent, en Grèce. Le département Gers bénéficie d’une centrifugeuse géotechnique qui peut soumettre des structures à une accélération de 100 G. On a ainsi pu valider les fondations des piles du viaduc de Millau avec une maquette à l’échelle 1/100ème. Cette installation peut aussi être utilisée pour évaluer le comportement des édifices face aux séismes.

Gers dispose également, à Montagnole (73), d’une station de chute de blocs. On précipite, à partir d’une potence, des masses normalisées (en béton) sur des cibles, filets de protection contre les chutes de pierre, merlons, etc. Les blocs peuvent atteindre 20 t. Lâchés d’une hauteur de 70 m, ils arrivent à 133 km/h sur leur point d’impact

L.B.I. : D’autres départements sont en relation avec la construction ?

M.T. : Indirectement, oui, dans la mesure où ils s’intéressent à l’usage des infrastructures et des édifices. C’est ce à quoi travaillent nos autres départements, Cosys (Composants et systèmes), Ame (Aménagements, mobilité et environnement), et TS2 (Transport santé sécurité). Nous avons des projets dans les technologies de pointe, les transports automatisés, l’ingénierie du trafic, l’informatique avancée pour les véhicules autonomes, la prévention des accidents, la limitation des risques. Parmi nos axes de recherche, la route de 5ème génération (R5G), avec communication et échange d’énergie entre l’infrastructure, les véhicules et le gestionnaire. Parmi nos nouvelles installations, je citerai celle qui va être utilisée dans le cadre de Sense-City, une enceinte climatique de 400 m2, qui pèse 200 t. Elle permettra de soumettre à des intempéries variées – température, pluie, neige, ensoleillement, etc. –  et à divers polluants, un espace urbain équipé de réseaux de micro ou de nanocapteurs physiques, chimiques, optiques, mécaniques ou encore biologiques. On pourra ainsi comprendre puis optimiser le fonctionnement de la ville….

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