Didier Deschanel : « Eurovia travaille en « open innovation » et les start-up sont des partenaires représentatifs de cette démarche »

Parmi les innovations d’Intermat 2018, on peut compter le Village « Start-up » qui réunira 14 exposants sélectionnés parmi une centaine de candidats. Cet espace a été créé à l’initiative d’Eurovia. L’entreprise du groupe Vinci, dont les activités portent sur la construction d’infrastructures de transport et d’aménagements urbains, réalise, dans 15 pays, un chiffre d’affaires de 8,1 milliards d’euros, avec 38 500 collaborateurs. Elle s’est engagée dans une démarche d’innovation très ambitieuse. Dans ce cadre, Eurovia a établi des partenariats avec des start-up qui travaillent sur un nombre important de projets portant autant sur le fonctionnement de l’entreprise que sur ses relations avec l’extérieur. Didier Deschanel, directeur de l’Innovation et de la transformation digitale d’Eurovia, décrit la démarche de son entreprise et souligne la part que les start-up y tiennent.

Le Blog d’Intermat : Eurovia sponsorise le village « Start-up » d’Intermat 2018. Quelle a été votre démarche ?

Didier Deschanel : C’est tout d’abord notre service Matériel qui en a été à l’origine. Nous avons souhaité valoriser notre démarche d’innovation et la part qu’y tiennent les start-up. Pour le Village, nous avons retenu, en collaboration avec Comexposium et Impulse Lab, des start-up qui apportent une offre différente, pertinente dans les secteurs dans lesquels nous sommes actifs. Nous avons eu de nombreuses candidatures d’entreprises du matériel mais d’une manière générale elles travaillent souvent dans les nouvelles technologies, et en majorité dans le numérique.

L.B.I. : Pourquoi travaillez-vous avec des start-up ?

D.D. : Nous travaillons effectivement avec plusieurs des exposants du Village « Start-up » et nous sommes en discussion avec certaines autres. C’est un excellent moyen d’innover de manière efficace. Les start-up nous font gagner du temps car elles ne sont pas dans la même temporalité que nous. Elles doivent aller très vite, et savent réorienter leurs activités quand elles se rendent compte qu’elles sont dans une impasse. Avec elles, on raisonne en semaine ou en mois, alors qu’en interne l’échelle de temps de nos projets est plutôt de l’ordre de l’année.

L.B.I. : Ce sont elles qui vous proposent des sujets ?

D.D. : Cela va dans les deux sens. Nous menons une veille active sur les solutions proposées par les start-up et entrons en contact avec celles qui ont des offres correspondant à nos besoins. A contrario, nous essayons d’orienter celles que nous avons identifiées, vers nos propres besoins.

L.B.I. : Les start-up sont fragiles…

D.D. : Oui. Il est communément admis que sur cent start-up créées, il en reste dix au bout de trois ans, et une seule parmi ces dix devient une véritable « success-story ». Pour le Village « Start-up by Eurovia » d’Intermat, nous avons sélectionné des entreprises qui sont plutôt dans ces dix-là… Pour pallier leur fragilité, il faut savoir aller vite afin de leur permettre de développer une offre que l’on puisse acheter rapidement. Sur les 150 projets d’innovation que nous nommons « Next Move », une quarantaine est mené en partenariat avec des start-up.

Mais notre démarche d’« Open Innovation » s’appuie également sur trois autres types de partenariats : les industriels, les universités ou grandes écoles, et en synergie avec d’autres entités du groupe Vinci.

L.B.I. : Quels sont ces projets d’innovation ?

D.D. : Chez Eurovia nous considérons que nous devons innover dans tous nos domaines opérationnels, c’est à dire dans tous nos métiers, mais également dans l’ensemble des domaines fonctionnels comme les ressources humaines ou la prévention, mais aussi la finance et le juridique.

Nos projets d’innovation répondent à trois enjeux stratégiques.

Le premier a pour objet la digitalisation de nos métiers que sont les carrières, les industries, et les chantiers – auxquels nous associons les services.

Le deuxième, « Transformer l’expérience », ambitionne de faire évoluer nos relations avec les parties prenantes de nos activités : nos clients, nos salariés, mais aussi les voisins de nos installations et les riverains de nos chantiers.

Le troisième s’attache au développement de nouvelles offres, selon deux axes : la mobilité du futur et la croissance verte.

L.B.I. : Pouvez-vous donner des exemples en matière de digitalisation ?

D.D. : Je citerai l’utilisation des drones dans les carrières, non seulement pour la gestion des stocks, mais encore pour vérifier les éléments relatifs à la sécurité : pente et largeur des pistes, hauteur des merlons… On peut aussi améliorer la productivité des opérations de chargement-transport en couplant les relevés de drones avec la télématique des engins, pour identifier les zones de ralenti ou d’immobilisation. Nous créons également des films en réalité virtuelle qui permettent de faire visiter, à distance, nos installations industrielles aux riverains.

L.B.I. : Le volet « Transformer l’expérience » concerne autant l’extérieur de l’entreprise que l’intérieur.

D.D. : Oui, par exemple nous travaillons à des mémoires techniques en réalité augmentée pour nos clients, nous proposons des sites internet ou des applications pour que les riverains puissent entrer en contact avec nos chantiers. Ils peuvent ainsi obtenir des informations sur les fermetures de rues et les déviations mises en place. Nous poussvons aui montrer en réalité augmentée quel sera l’aspect de la rue après la fin des travaux. Côté salariés, nous travaillons, avec plusieurs start-up – dont une est exposante sur le Village d’Intermat –  à la mise au point d’exosquelettes pour la mise en œuvre des enrobés, ou à la robotisation de la mise en œuvre d’asphalte. Par ailleurs, nous testons actuellement une plate-forme digitale de management de l’innovation : au mois de mai, tous les salariés du groupe pourront y proposer leurs idées car, chez Eurovia, nous considérons que l’innovation est l’affaire de tous.

L.B.I. : Le troisième axe de vos projets porte sur le développement avec une prise en compte de l’environnement, au sens large ?

D.D. : Oui, nous avons plusieurs projets relatifs aux véhicules connectés et autonomes, en relation avec l’infrastructure. Par exemple pour traiter des points singuliers, comme des bretelles d’autoroute, ou, en ville, des rues avec des zones sans visibilité. En matière de préservation des ressources nous travaillons à une usine capable de fabriquer des enrobés 100% recyclés. Et en ce qui concerne l’énergie, nous avons 3 démonstrateurs de note système Power Road, une chaussée qui capte l’énergie thermique solaire, la distribue aux bâtiments avoisinants ou la stocke pour une utilisation hivernale. Ou encore, nous avons développé pour nos chantiers un « label environnement » qui respecte des critères sévères. C’est une innovation très appréciée du public, et des élus.

L.B.I. : Qu’est ce qui justifie cette démarche ?

D.D. : Nous souhaitons faire sortir l’innovation de nos centres de recherche et faire de chaque collaborateur un innovateur, curieux, à l’écoute et audacieux.

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