Jean-Michel Gueguen : « Le marché des échafaudages à destination de la maintenance des installations industrielles est une voie majeure de développement pour Peri »

 

Peri, l’un des tous premiers constructeurs mondiaux de coffrages, entend développer sa pénétration dans le marché des échafaudages. Les coffrages fournissent à l’industriel allemand 80% de son chiffre d’affaires, 1,48 milliards d’euros en 2017, les échafaudages 10%, et les études 10%. Les coffrages sont produits dans l’usine allemande de Weissenhorn. En 2016, le constructeur s’est doté d’une nouvelle usine de production d’échafaudages, à Günzburg (Allemagne). Peri dispose aussi de plus petites unités de production pour les marchés locaux, en Inde, en Turquie, ainsi qu’au Brésil. Sa structure de vente et de service repose sur plus de 60 établissements et plus de 120 parcs logistiques, qui lui assurent une présence mondiale – à l’exception notable de la Chine où le constructeur ne dispose que d’une petite représentation commerciale.  L’exportation représente plus de 80% de ses activités. Peri bénéficie aussi d’exportations indirectes, par le biais de grands chantiers internationaux.

Peri SAS, la filiale française de Peri, est doté d’un siège social, à Meaux (77), qui dispose d’un parc de matériels, d’un établissement à Rognac (13), rassemblant une agence commerciale et un dépôt de matériels, et d’agences à Saint-Priest (69), Bernolsheim (67), Le Rheu (35). Jean-Michel Gueguen, directeur général de Peri SAS, explique les voies de développement de son groupe, la manière dont il compte développer ses activités en France et les évolutions qu’il pressent dans la demande des entreprises.

Le Blog d’Intermat : Quelle est la stratégie de développement du groupe Peri ? 

Jean-Michel Gueguen : Elle se manifeste par la création de notre nouvelle unité de production consacrée aux échafaudages. Nous comptons sur la croissance des activités de notre « core business »  sur nos marchés respectifs, mais aussi un développement sur le marché des échafaudages à destination de la maintenance des installations industrielles, des centrales électriques conventionnelles et nucléaires, des chantiers navals, etc., très consommatrices en échafaudages. C’est un secteur où sont présents nos principaux concurrents mais où nous n’étions pas, hormis quelques marchés ponctuels, notamment en Amérique du Nord. Nous avons un autre axe de développement en matière de coffrages et d’étaiements. Nous nous attaquons au « mean market », en proposant des produits adaptés, en complément de nos produits  « premium ».

L.B.I. : Quelle est la situation de Peri en France ?

J.-M. G. : Notre chiffre d’affaires a progressé de 25% en 2016 et en 2017 pour atteindre 21 millions d’euros, avec 120 employés dont 29 au bureau d’études. Nous pensons renouveler cette performance cette année. Nous profitons de la bonne santé du marché mais nous croissons plus vite que lui. Nous récoltons les fruits d’un travail de restructuration, d’organisation et de construction d’équipes, que nous avons mené depuis cinq ans.

L.B.I : Quelle sont les parts de la location et de la vente dans votre activité ?

J.-M.G. : La location représente 65% de nos activités. En 2017 nous avons investi 15 millions d’euros dans notre parc de location dont la valeur atteint 75 millions d’euros. Cette année nous allons encore y ajouter 10 à 11 millions d’euros de matériels.

L.B.I. : Quelles sont vos perspectives dans le bâtiment ?

J.-M.G. : En France on utilise surtout des banches métalliques – spécialité dans laquelle Peri n’a pas souhaité s’engager – aussi nous sommes essentiellement dans le coffrage horizontal, en particulier dans le résidentiel avec un très bon produit, le Gridflex. Nous sommes aussi présent dans les ouvrages complexes, comme les tours. Par exemple avec Vinci Construction pour la construction de la tour Trinity, à la Défense, ou encore pour les tours Duo, à Paris.

L.B.I. : Vous lancez de nouveaux produits pour le bâtiment ?

J.-M.G. : Oui, il y a un an et demi nous avons lancé le Duo, un coffrage manuportable en polymère. C’est un produit destiné à la vente, mais aussi à la location, qui intéresse tous les majors et les nationaux par son ergonomie, son faible poids, sa mise en œuvre sans marteau. Les PME quant à elles sont intéressées par sa polyvalence, en vertical, en horizontal, son côté « couteau suisse ». En deux ans le Duo est monté à près de 10% de notre chiffre d’affaires. En 2019, nous allons lancer un coffrage de dalle, le Skymax, qui devait trouver sa place sur le marché. C’est un matériel modulaire avec des plaques de 2 m x 1 m, sans doute le plus léger de sa catégorie, qui peut supporter des épaisseurs de bétonnage de plus 35 cm, et surtout avec un nombre de pièces limité. Il n’a pas son équivalent à présent en termes de performances.

L.B.I. : Et les échafaudages ?

J.-M.G. : Nous n’avions pas le produit. Notre nouveau Peri Up Easy est un produit léger conçu spécialement pour la façade, qui bénéficie d’un système de montage optimisé. Il est en cours de normalisation NF et devrait commencer à donner des résultats commerciaux en 2019-2020.

L.B.I. : Votre groupe mise sur le marché des échafaudages pour l’industrie. Vous vous êtes engagés dans cette voie ?

J.-M. G. : Oui, depuis le début de 2018. Nous avons le produit qu’il faut pour ces applications, le Peri Up et nous menons des actions commerciales à destination des grands donneurs d’ordre, des entreprises générales, et des sous-traitants. Nous démarrons de zéro, et nous comptons sur un chiffre d’affaires de 300 000-400 000 € en 2018, 1 million en 2019, puis sur un développement très rapide. Pour nous c’est un marché de la même taille que celui du coffrage.

L.B.I. : Vous collaborez avec les entreprises pour la mise au point de nouveaux produits ?

J.-M. G. : Cela nous arrive. Par exemple, nous avons conçu pour Bouygues une variante de notre étai Multiprop avec des développements spécifiques, en matière de poids, de hauteur, de reprise de charge. Nous faisons remonter les demandes techniques vers le bureau d’études produits de Peri. La conception du coffrage de dalles Skymax en a bénéficié. Le bureau d’études de Peri a compris qu’il n’était pas possible d’utiliser des panneaux de plus de 30 kg, que ces panneaux devaient pouvoir être montés par le bas – une spécificité du marché français. Les Allemands connaissent les exigences françaises et savent que, tôt ou tard, elles s’appliqueront partout ailleurs.

L.B.I. : Peri s’est engagé dans les procédures BIM ?

J.-M.G. : Même s’il n’est pas encore utilisé dans les projets ordinaires, en particulier dans le résidentiel, le BIM est présent dans les ouvrages d’une certaine complexité. De plus on nous dit « prenez la maquette BIM », et c’est à nous d’aller chercher les éléments pour établir notre offre . A l’inverse, quand on doit fournir un outil autogrimpant pour une tour, la forte interférence entre la géométrie des voiles, le positionnement des cônes d’ancrage qui vont servir au hissage des plateformes, et les réservations dans les voiles de béton, est gérée par le BIM.

Les services méthodes nous demandent de plus en plus des « objets BIM » de nos produits, dont la création a connu une forte accélération sous forme de blocs Revit.

L.B.I. : Et le génie civil ?

J.-M. G. : Nous sommes très présents, avec coffrage modulaire, le circulaire cintrable, le spécifique. Nous savons répondre à tous les sujets.

L.B.I. : Votre bureau d’études vous permet de faire la différence ?

J.-M.G. : Oui c’est fondamental. Nous avons, avec notre confère Doka, une longueur d’avance. Il faut d’ailleurs s’en méfier. Nous sommes très sollicités par les entreprises travaillant au Grand Paris. Certaines d’entre elles, un peu débordées, aimeraient bien faire appel à nous pour leurs méthodes. Ce sont des projets très intéressants, mais nous devons gérer cet aspect de très près, afin que cela ne nous coûte pas trop cher.

L.B.I. : Quelle doit être la place du fournisseur de matériel dans cette démarche ?

J.-M.G. : A présent, nos clients essaient de nous en faire faire le maximum en payant le minimum. En ce qui concerne l’ingénierie c’est carrément une culture. Nos entreprises ont des ressources internes compétentes. Elle n’attendent pas qu’on leur donne des solutions. Elles demandent qu’on finalise, qu’on mette au point. C’est très différent en Grande-Bretagne ou en Allemagne dont les grosses entreprises n’ont pas ces compétences et délèguent totalement à leurs fournisseurs. Mes collègues allemands, britanniques, et aussi polonais établissent des méthodes de chantier, calculent la rotation des banches. Allons-nous franchir le pas en France ? Nous devons rester très attentifs à la demande de nos clients, et s’ils nous demandent ce genre de prestation, c’est très bon pour nous car nous savons le faire. C’est donc une voie de développement.

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