Alexandre Marchetta : “Nous allons proposer des formules de financement adaptées pour les matériels électriques de Mecalac »

Concepteur d’une pelle à la géométrie très innovante, Mecalac a accru son offre, et ses activités, opérant par développement interne et par acquisitions. Le groupe d’Annecy a intégré le constructeur allemand Ahlmann en 2002 et, en 2017,  Terex Construction Equipment, filiale britannique du groupe Terex. A présent, Mecalac réalise un chiffre d’affaires de 250 millions d’euros, emploie 850 personnes, produit 5 000 machines par an. Bien que la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne fournissent encore 60 % des ventes de Mecalac, le constructeur est actif dans la plupart de pays du Monde, à l’exception de l’Asie, via 240 distributeurs. Il détient cinq unités de production, deux en France, une en Allemagne, une en Turquie, une en Angleterre, chacune spécialisée dans une ligne de produits, et dotée de sa propre R&D. De ces usines sortent des pelles, des chargeuses, des chargeuses-pelleteuses, des motobasculeurs et des petits compacteurs. Très innovant, le constructeur qui consacre 6% de son chiffre d’affaires à la recherche et au développement, a conçu une pelle tout électrique, qui a été lauréate des Intermat Innovation Awards 2018. Alexandre Marchetta, CE0 de Mecalac, explique les voies de développement de son groupe, et notamment l’internationalisation de ses ventes, et la stratégie qu’il met en place pour les matériels électriques.

Le Blog d’Intermat : Quels sont les marchés de Mecalac ?

Alexandre Marchetta : Historiquement c’est l’Europe, avec quelques débordements dans les pays du Maghreb et les pays d’Europe de l’Est et l’Europe Centrale. Nous avons eu un développement commercial en Turquie, d’où, entre autres, la création de notre usine dans ce pays, qui produit nos pelles-chargeuses 6 MCR, et réalise des éléments en mécano soudure. Puis nous nous sommes développés dans d’autres pays, comme l’Australie, où il y avait une demande de nos produits  ou encore des régions où nous avons, en quelque sorte, suivi nos clients, comme l’Afrique Centrale et même l’Amérique du Sud. Depuis deux ans et demi nous avons commencé à développer nos ventes sur le continent nord-américain, où nous avons une filiale de distribution et une vingtaine de concessionnaires.

L.B.I. : Quelle est la contribution de l’activité que vous avez rachetée à Terex à votre développement ?

A.M. : L’acquisition de l’usine anglaise de Terex nous a permis d’accroître notre couverture géographique. L’ajout de chargeuses-pelleteuses à notre offre, et la réactivation d’une partie du réseau de Terex nous permet de développer nos ventes en Amérique du Nord et en Amérique du Sud, en Russie, au Moyen-Orient, en Afrique du Sud. Comme toujours en matière de distribution, il y a un produit qui attire les clients et, par capillarité, les autres produits de la gamme suscitent leur attention. Nous comptons sur cette dynamique. A présent nous couvrons les besoins en matière de travaux urbains quasiment dans le Monde entier.

L.B.I. : Mais pas en Asie. Pourquoi ?

A.M. : Tous les pays sont intéressants mais il faut maîtriser le développement commercial, le développement produits, le développement industriel. Au cours des dernières années nous avons eu un développement géographique très important. Bien sûr nous avons des discussions…

L.B.I. : Vous produisez et vous vendez à la fois des produits sophistiqués et qu’on dit onéreux, et des produit plus banals, dont certains vont en majorité à la location, et donc pour des prix très « négociés ». Comment conciliez-vous ces deux orientations ?
A.M. : Les matériels Mecalac ne sont pas « sophistiqués » – ils demeurent des assemblages d’éléments de structure, d’un moteur thermique, de pompes, de flexibles, de vérins et d’une cabine. Leur architecture est  « différenciée » pour répondre à une utilisation, offrir une productivité, satisfaire à une polyvalence, d’une manière différente. Si l’on ajoute les options et les équipements, on peut trouver nos matériels un peu plus chers que des matériels traditionnels. Mais on sait qu’une pelle sur pneus produit seulement pendant 30 % à 40 % de son temps de fonctionnement. Pour une Mecalac c’est de 70% à 80%. On peut prouver que le TCO (*) et le coût de maintenance horaire d’une Mecalac est globalement bien inférieur à celui d’une pelle sur pneus classique. De plus une Mecalac fait le travail de 2 machines, ou plus, pour un encombrement moindre, ne nécessite qu’un seul porte-engin. Autant de points positifs pour l’environnement. Quant au rapport avec les loueurs nous y sommes accoutumés depuis de années, avec nos chargeuses, et aussi avec nos pelles.

L.B.I. : Vous avez présenté à Intermat 2018 la e12, une pelle tout électrique. C’est l’amorce d’une électrification de la gamme de Mecalac ? 

A.M. : Nous avions présenté un matériel hybride dès 2009, mais pour ne pas cumuler la problématique du moteur hydraulique et de l’hybride, nous avons opté pour une solution tout électrique. La e 12 sera commercialisée l’année prochaine. Nous envisageons d’électrifier tous les matériels de travaux urbains électrifiables. Mais nous irons progressivement. Les solutions électriques vont engendrer de nouveaux besoins : des solutions pour la recharge des batteries, la nécessité de former les réseaux, des solutions de financement adaptées.

L.B.I. : Vous envisager un financement spécifique des matériels électriques ?

A.M. : Une machine électrique coûte globalement deux fois plus cher qu’une machine thermique. Mais il faut tenir compte des économies : le budget annuel de  recharge des batteries est de l’ordre de 25% à 30% du budget fioul d’une machine thermique, la maintenance est moins onéreuse – même s’il demeure la partie hydraulique de la machine. Tandis que le carburant fossile a tendance à augmenter le prix de l’électricité ne change pas, et on peut penser que le prix des batteries diminuera. Au total, au bout de 8 ans, on estime que le surcoût de l’électrique sera de l’ordre de 15%. C’est pourquoi, avec notre filiale financière, Mecalac Financial Solutions – qui opère déjà dans une quarantaine de pays – et en collaboration avec notre fournisseur de batteries, nous allons proposer à nos clients différentes formules de financement adaptées et notamment de la location opérationnelle.

(*) TCO, Total Cost of Ownership, coût total de possession, additionnant le coût d’acquisition, ou de location, le coût de maintenance, la consommation.

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