Secteur du bâtiment en France : la fin de la croissance en 2019 ?

« Merci aux gilets jaunes ! » s’exclame Jacques Chanut « L’ambiance générale autour de la taxation du gazole a beaucoup aidé au retour de la détaxation du GNR » estime le président de la FFB. Mais il faut se préparer à la répétition de cette menace, chaque année  au moment du projet de loi de finances. Les mesures annoncées sur le gazole non routier auraient coûté 600 à 800 millions d’euros aux entreprises de construction. Davantage, certes aux  entreprises de travaux publics qu’aux entreprises de bâtiment, à  l’exception des entreprises de démolition, très équipées en matériels lourds. « Il faut que la technologie des matériels, gros consommateurs, puisse évoluer en termes d’énergie. Autant nous préparer et demander des mesures d’accompagnement pour le changement des matériels » conclut le président de la Fédération Française du Bâtiment.

Des marges qui stagnent

Cet alourdissement des charges aurait pesé sur un secteur dont les coûts progressent plus vite que les prix, à raison de + 2,5%, coûts salariaux et coûts des matériaux réunis, alors que les prix n’ont progressé que de 1,5% pour le bâtiment en général. La solution ? « La hausse des prix, ou la réduction des coûts – mais la productivité de l’heure travaillée a augmenté de 7% entre 2014 et 2017 ! » précise Jacques Chanut. Les trésoreries se tendent et les marges – qui se situent entre 1 et 2% – plafonnent.

Tout ceci dans une conjoncture inquiétante, estime la FFB, qui envisage « le début de la fin d’un cycle de croissance ». 2018 s’achève sur un bon niveau d’activité. Le secteur a connu une progression de 2,3% en volume (+ 4,3% pour le neuf, dont + 2,8% pour le logement et + 7,4% pour le non-résidentiel, très dynamique, et + 0,8% pour l’amélioration-entretien), après + 4,9% en 2017, et + 2% en 2016. Les carnets de commande sont à un haut niveau en fin d’année, avec 6 mois de production.

377 000 logements en 2019 ?

Mais 2018 a été marquée par l’amorce d’un retournement du marché du logement, suite à des  mesures, regrette la FFB, touchant les aides personnalisées au logement, la TVA applicable au locatif social, l’application du dispositif « Pinel », l’application du crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE).
Conséquence : les mises en chantier de logements ont baissé. Elles  sont passées de 428 000 en 2017, à 404 000 en 2018 (– 6%), le non-résidentiel demeurant à un niveau stable à 25 800. La FFB estime que les mises en chantier de logements baisseront encore en 2019, à 377 000 (– 7%). Cette chute du logement engendrerait une baisse de l’activité du secteur du neuf de 2%, le non-résidentiel demeurant en hausse très significative, à + 3% et l’amélioration-entretien se maintenant quasiment à + 0,5%. « Tout ceci sur l’hypothèse d’une croissance globale de l’économie française en 2019 à + 1,5%, et d’un taux d’intérêt qui reste bas » précise Jacques Chanut.

Sur la lancée de trois ans d’embellie, le bâtiment pourrait continuer à croître au premier semestre de 2019. Mais ce pourrait être le haut du cycle, le deuxième semestre marquant le retour à la baisse de l’activité, de l’ordre de 1%. Au total, la FFB prévoit une année prochaine à – 0,5%.

Mesures à prendre

Malgré des difficultés de recrutement, l’emploi s’est bien porté en 2018, avec 30 000 postes créés. Le secteur créera encore 5 000 emplois en 2019. « Dès que l’activité baisse l’emploi suit, mais avec un certain décalage » rappelle Jacques Chanut. Si la baisse du marché est confirmée son impact négatif sur l’emploi se fera sentir en 2020.

Ce cycle de croissance de trois ans, très court – d’ordinaire il est autour de six à sept ans – n’aurait pas permis aux entreprises de reconstituer leur trésorerie, et leurs fonds propres.

« Le retournement de conjoncture est loin d’être inévitable, tempère le  président de la FFB , qui appelle des mesures propres à l’enrayer, dont la réouverture du dossier du PTZ (prêt à taux zéro), avec l’assurance de son maintien dans les zones « détendues »  et un retour au taux de 40% pour ces régions. La FFB demande aussi un éclaircissement sur les décisions sur le RLS (Réduction du loyer de solidarité), afin de donner des perspectives aux bailleurs sociaux dont l’incertitude a freiné les dossiers de rénovation, estime le syndicat. « On doit pouvoir décaler la prochaine crise de quelques années » conclut Jacques Chanut.

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